L’aventure sénégalaise du Mondial 2026 se termine en eau de boudin. Jamais le mot «débandade» n’aura été illustré avec autant de justesse. Tout un pays émasculé ; des joueurs qui rentrent chez eux en désordre par leurs propres moyens, larguant la délégation officielle en rase campagne ; des rumeurs de scandales qui enflent de jour en jour ; de gros points d’interrogation sur l’avenir de toute cette armada qui se révèle finalement comme un immense gâchis…

Certes, nous avions une belle équipe, capable d’arpenter le toit du monde. Il nous a juste manqué l’essentiel : la sérénité qui confère de la lucidité. Pape Thiaw, à son corps défendant, en manque cruellement depuis longtemps…

C’est quasiment mission impossible pour un sélectionneur d’imposer son autorité à des joueurs qui ont tout gagné depuis bien longtemps, sont bien plus riches et célèbres que toi, dont l’autorité dans le vestiaire a force de loi. Devant Edouard Mendy, Kalidou Koulibaly, Gana Guèye et Sadio Mané, il faut avoir un sacré passé pour en imposer.

Illustration : à la finale de la Coupe d’Afrique, contre le Maroc, Pape Thiaw, dans un moment d’égarement, fait sortir ses joueurs du terrain ; eh bien, c’est Sadio Mané qui les ramène tous à la raison, l’entraîneur y compris…

Ça ne ment pas, ces choses-là.

La déroute du Sénégal au Mondial est logique, lorsque l’on apprend dans quelles conditions l’expédition se déroule : une bande de sous-développés à la conquête de la planète, c’est presque risible…

Le seul crime de Pape Thiaw auquel on veut faire porter le chapeau, en réalité, est de se taire devant l’intolérable : le statut précaire, l’avenir incertain, l’environnement malsain, la préparation chaotique, le départ précipité vers l’Amérique alors que manifestement, rien n’est vraiment au point…

C’en est trop pour un seul homme.

Certes, l’équipe que Pape Thiaw présente contre la France, puis contre la Norvège, recèle une faille de taille : son capitaine, Kalidou Koulibaly, qui a des pépins de santé, et par les défaillances duquel l’équipe encaisse plus de dix buts depuis la fournaise des Martyrs à Kinshasa, en éliminatoires de la Coupe du monde…

Excusez du peu.

Mais comment mettre sur le banc des remplaçants le mythique roc des Lions, qui étrenne deux étoiles de champion d’Afrique, sans créer un séisme dans les vestiaires, les tribunes et les réseaux sociaux ?

Il y a certes une parade à ce dilemme, qu’il faut aller chercher dans la culture mondiale du foot : le verrou suisse, que l’Italie emprunte et porte à son pinacle à travers le «Catennacio» de l’Inter de Milan, club d’ouvriers à forts relents communistes, qui met un point d’honneur à ne pas concéder le moindre but à la bourgeoisie capitaliste, comprenez les adversaires du monde entier.

Ce dispositif consiste à positionner deux stoppeurs devant le libéro ; comprenez un défenseur libre, qui ne tacle que rarement, dont le principal atout est le sens du placement, de l’anticipation et de la relance propre : reconnaissez que c’est tout Kalidou Koulibaly. Ce poste stratégique a l’avantage de donner à son impétrant le loisir d’analyser le match sans pression des adversaires parce qu’il a deux barrages de protection devant lui : celui des milieux de terrain, en premier, et des stoppeurs, ensuite…

Contre la Belgique, Kalidou Koulibaly enfin épargné, à la mi-temps d’un match où l’on mène par deux buts d’écart, les remplacements devraient s’opérer dès le retour des vestiaires : il faut alors verrouiller le match pour le tuer… C’est un milieu offensif qui devrait sortir pour céder sa place à un stoppeur. Abdoulaye Seck ou Mamadou Sarr, à côté de Niakhaté, pour permettre à Pathé Ciss de densifier les lignes intermédiaires aux côtés de Iliman Ndiaye, Gana Guèye et Pape Guèye…

Bien sûr, c’est si facile de refaire le monde, seul devant son ordi, les doigts dans le nez…

Ce qui compte, réellement, dans cette tragédie, c’est le regard que nous portons sur le futur. Il ne faut surtout pas céder à l’émotion, et croire qu’en limogeant brutalement l’entraîneur, mouton du sacrifice de la drôle de Fédération sénégalaise de football, l’abcès sera crevé et la marche victorieuse des Lions reprendra comme si de rien n’était.

Ce serait une grave erreur.

Ce qui se joue, actuellement, c’est le passage de témoin entre la génération légendaire qui inscrit dans l’or le plus bel épisode de la saga de l’Equipe nationale, et la nouvelle vague au talent époustouflant, que je crois capable de nous ramener jusqu’à un trophée mondial.

Ces pépites-là, qui rêvent de gloire, Pape Thiaw est de taille à leur imposer son autorité, parce qu’il peut leur faire gagner les trophées dont ils rêvent. Il suffit juste de lui en donner les moyens moraux et matériels.

Ce qui, jusque-là, lui manque cruellement…

Revenons en terre sénégalaise, où l’on apprend que le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, sort de sa torpeur. D’abord, devant un parterre d’élus locaux, il annonce son intention de créer un parti politique.

Traduction : primo, il n’est plus de Pastef… Secundo, il a l’intention de rester au pouvoir aussi longtemps que possible, c’est-à-dire bien au-delà de 2029.

On se calme : on n’y est pas encore, n’est-ce pas…

Il faudra quand même préciser : le machin qui s’annonce, que Mimi Touré se charge de mettre en musique, sera tout sauf un parti politique. Cela relèvera plutôt de la machine à propagande doublée d’un appareil électoral, dont la mission essentielle sera de retourner l’opinion contre Ousmane Sonko et ses ouailles, gommer Pastef de la scène politique, remporter le maximum de communes et sièges de députés avant la Présidentielle de 2029, laquelle est son but ultime…

Il n’y a derrière tout ceci ni philosophie de gouvernance, ni projet de société, ni vision politique. C’est tout juste des gens qu’un accident de l’Histoire conduit à administrer les affaires de la République, et qui n’ont pas envie que l’aventure s’arrête dans trois ans.

Donc, il leur faut s’organiser.

Première étape : se débarrasser du colis encombrant Ousmane Sonko. Ça s’annonce sordide, glauque et nauséabond, mais inéluctable…

Par Ibou FALL