En transposant l’affaire Marianne Bachmeier dans le contexte sénégalais, la compagnie Kaddu Yaraax livre une pièce poignante en wolof. Entre drame judiciaire et réflexion éthique, le spectacle met en lumière la question du pardon et de la vengeance, tout en illustrant la transmission intergénérationnelle du théâtre.
Par Amadou MBODJI – Le Centre culturel de Yaraax s’est transformé, le temps d’une représentation, en une reconstitution miniature du Tribunal de la ville allemande de Lübeck. Sur les planches, la compagnie Kaddu Yaraax a réinventé le célèbre procès qui avait captivé l’opinion publique au début des années 1980, en l’adaptant en wolof sous le titre «Yaayu Anna» (La mère d’Anna).
Dans cette adaptation percutante, Cheikh Ndiaye incarne le sage, gardien de la tradition et garant de la mémoire collective. Yacine Diop et Seynabou Diop prêtent leurs traits aux deux avocates s’affrontant à la barre, représentant respectivement la partie civile et la défense. Khadim Bèye campe avec une poignante intensité le rôle de Klaus Grabowski, l’homme de 35 ans jugé pour l’enlèvement et le meurtre de la petite Anna, âgée de 7 ans. Betty Thiam assure le rôle de la juge, tandis que Mancagne Diatta prête ses traits à Marianne Bachmeier, figure tragique de cette affaire.
Au cœur du spectacle, surgit l’épineuse question de la justice populaire. En pleine audience, «Yaayu Anna» abat le bourreau de sa fille d’une balle de revolver. Ce geste extrême divise les spectateurs : faut-il condamner une mère qui se fait justice elle-même, ou comprendre le cri du cœur face à l’horreur de l’inceste et du meurtre ? Par la justesse de leur jeu, les comédiens poussent le public dans ses retranchements éthiques et moraux.
Yacine Diop : l’héritage de la scène en partage
Au-delà de l’intensité dramatique de la pièce, la représentation a également mis en lumière le talent de Yacine Diop. A 30 ans, la comédienne affiche déjà plus de deux décennies de pratique théâtrale. Ayant fait ses premiers pas sur scène dès l’âge de 9 ans, elle a hérité cette passion de sa mère, Maty Sarr, figure connue des téléfilms sénégalais et également présente lors de cette soirée.
C’est dans l’univers de Kaddu Yaraax que Yacine Diop a grandi artistiquement, accompagnant très tôt sa mère durant les répétitions. «C’est elle qui a guidé mes premiers pas et m’a transmis la passion du jeu», confie-t-elle avec émotion. Fortifiée par cet apprentissage précoce et cet environnement familial dédié au spectacle vivant, Yacine Diop poursuit aujourd’hui son chemin avec assurance, s’imposant comme l’une des figures prometteuses du théâtre contemporain sénégalais.
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