Au Musée des civilisations noires, samedi dernier, on s’attendait à un contrôle de routine. On a eu droit à un contrôle de talents, et pas un seul n’était en règle avec la banalité. Pour la première édition de la Police culturelle, co-organisée avec l’Association de la presse culturelle du Sénégal (Apcs) de Alioune Badara Mané, les hommes en bleu ont rangé le sifflet pour empoigner le micro, le pinceau ou la plume.

Le programme avait de quoi désarmer les plus sceptiques. Du mbalax qui fait danser les galons, du rap qui rime sans faire d’ennemis, du slam à fleur de peau. Sur le sable, la lutte a rappelé que l’on peut plaquer un adversaire sans lui lire ses droits. Plus loin, des peintres policiers travaillaient en live session, couvrant la toile à la vitesse d’une patrouille un soir de derby. Côté librairie, des auteurs en uniforme dédicaçaient leurs ouvrages, sans que personne ne songe à leur demander les papiers.

Dans les travées, le public, mi-amusé mi-bluffé, cherchait où poser son regard. Ici, un agent dont la voix de slameur faisait trembler les vitres. Là, un brigadier dont le coup de pinceau n’avait rien d’un coup de filet. Même les plus stoïques, ceux que l’on croyait taillés dans le granit, ont fini par battre la mesure du pied, en toute légalité. Le trac n’a pas eu le droit de stationner : il a été verbalisé dès l’entrée.

Le Directeur général de la Police nationale, l’Inspecteur général Mame Seydou Ndour, a livré le fil rouge de la soirée. «Pendant longtemps, le fonctionnaire de police a été réduit à son travail policier», a-t-il rappelé, avant de lancer : «La police a aussi une âme d’artiste.» Ceux qui veillent la nuit ont écrit «entre deux services» et répété «après une garde». Leur passion est devenue, selon lui, «une seconde manière de servir», sans heures supplémentaires.

La journée fut aussi un acte de mémoire. Hommage a été rendu à Layène Badasse, ancien policier et homme de culture, dont la fille, Coumba Gawlo Seck, était la marraine de cette première. Il avait compris, a-t-on rappelé, que l’on peut servir la Nation sous l’uniforme «sans jamais trahir ni l’un ni l’autre».

Pour le patron de la police, la culture est un pont. «Une journée de Police culturelle rapproche plus sûrement que mille discours», a-t-il plaidé, réclamant «une police qui dialogue autant qu’elle protège». Le programme est clair, et celui-là ne comporte aucune garde à vue.

Les organisateurs l’ont promis : cette édition ne sera pas la dernière. Tant mieux. L’ordre et la création, a conclu le Directeur général, ne s’opposent pas : «Ils s’épaulent et se complètent.» Le Sénégal gagnerait à les connaître, et cette fois, aucun mandat de perquisition n’est requis.

Par Malick GAYE – mgaye@lequotidien.sn