Face à des statistiques alarmantes révélant que plus de 30% des Sénégalaises ont déjà subi des violences sexuelles ou sexistes, le Réseau des féministes du Sénégal monte au créneau. A travers un atelier de renforcement de capacités destiné aux futurs professionnels de la santé et du Droit, l’organisation plaide pour un changement radical de narratif et une prise en charge plus humaine des victimes.
Par Justin GOMIS – L’état des lieux est alarmant : les Violences sexuelles et sexistes (Vss) ne sont plus un tabou, mais une urgence de santé publique au Sénégal. Selon Dr Ndèye Khady Babou, médecin spécialiste en santé publique, les chiffres sont sans appel : «Une enquête d’envergure menée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) révèle que plus de 30% des femmes au Sénégal, soit une sur trois, ont déjà subi ces formes de violence.» Si l’espace public et le cadre familial restent les principaux lieux de vulnérabilité, le milieu médical n’est pas épargné. Une étude du Geste, menée entre 2023 et 2024, souligne la persistance des violences en milieu hospitalier, notamment les violences obstétricales liées aux soins prodigués durant l’accouchement.
Former la relève pour changer le narratif
C’est pour répondre à ces indicateurs préoccupants que le Réseau des féministes du Sénégal a organisé hier un atelier stratégique. Soutenue par l’Awf via l’initiative Kasa, cette rencontre vise à transformer la manière dont ces violences sont perçues et traitées. La stratégie est claire : cibler la base, à savoir les étudiants en médecine, en psychologie, en journalisme et en Droit. «Nous avons choisi de travailler avec les étudiants car, dans leur cursus, les questions liées à la prise en charge des Vss ne sont pas abordées dès les premières années», explique Dr Babou. L’objectif est de déconstruire les biais sociaux et les préjugés avant que ces futurs praticiens ne soient en contact direct avec les communautés.
Vers un portage collectif et politique
Pour le réseau, la lutte contre les violences patriarcales ne doit pas être le seul combat des mouvements féministes. Elle nécessite une remise en question profonde du système juridique, du Code de la famille et du modèle éducatif sénégalais. «On ne peut plus se contenter de promesses. Il faut penser des solutions stratégiques et pluridisciplinaires», soutient Dr Ndèye Khady Babou.
Elle appelle à une prise de conscience collective : «Les féministes ne parlent pas seulement pour les autres, elles parlent pour elles-mêmes. Nous sommes toutes vulnérables face à un système patriarcal hyper organisé. Il faut que ce combat devienne une responsabilité partagée par toutes les parties prenantes de la société.»
justin@lequotidien.sn

Commentaires (0)
Soyez le premier à réagir.
Se connecter pour commenter