Le Premier ministre a promis, à la suite de son ministre de la Justice, des suites judiciaires pour les responsables des évènements ayant conduit au saccage du campus de l’Ucad et à la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba. Et les amicales, de leur côté, ne semblent pas disposées à céder sur aucun point. Va-t-on vers un remake de l’année 2022-2023, la dernière de Macky Sall ?
Le communiqué du Conseil des ministres d’hier indique de manière claire que le gouvernement actuel ne fait pas de la crise universitaire un problème social à résoudre en urgence, mais plutôt un incident malheureux qui ne pourrait avoir que des suites judiciaires. Nulle part dans leur communication, on n’a senti la préoccupation des deux plus hauts dirigeants du pays d’éviter une récurrence de ce qui s’est passé au campus de l’Ucad le lundi dernier. Tout au contraire, même en sachant que les étudiants ont fait l’objet de provocation, qu’ils ont été attaqués dans l’enceinte du campus social, le Premier ministre qui, avant-hier a envoyé une phalange de ses ministres s’expliquer devant la presse, a voulu enfoncer le clou.
Selon le communiqué du gouvernement, M. Sonko «a déploré l’usage de la violence et invité le ministre de la Justice à veiller aux suites judiciaires y afférentes, en établissant toutes les responsabilités en général et les circonstances de ce décès en particulier». Aucun mot n’a été adressé aux nombreuses victimes de la répression policière, ni a fortiori, à toutes les personnes interpellées et détenues dans les locaux de la police, en attendant un probable jugement. Quand on sait que le Premier Flic du Sénégal, Bamba Cissé, a repris la vieille antienne d’étudiants payés par des opposants pour semer le trouble et attaquer les Forces de l’ordre, ainsi que l’histoire d’armes trouvées dans les chambres d’étudiants, et de policiers blessés, on ne pourrait espérer une issue de réconciliation dans cette affaire. D’autant que le ministre a, avant-hier, exonéré de toute responsabilité les éléments de sa police dans les violences. D’ailleurs, le communiqué du Conseil des ministres l’a annoncé, le Premier ministre «a également demandé au ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique de continuer à veiller à la sécurisation et à la pacification complète des espaces universitaires».
En termes de justification, M. Daouda Ngom, ministre de l’Enseignement supérieur, a déjà déclaré que le campus social n’était pas couvert par les franchises universitaires. Il est si commode de voir les gens revenir aussi vite sur leurs déclarations d’antan ! Est-ce sans doute pour cela qu’il est enjoint audit ministre de l’Enseignement supérieur de «poursuivre les réformes entamées des universités» ?
S’il est vrai que la crise des universités du Sénégal date de nombreuses décennies, on a longtemps pensé que la recherche de sa résolution n’allait pas conduire à la mort d’un étudiant, un jeune fauché en pleine croissance. Cela étant advenu, certains ont pensé, à tort, que le gouvernement allait infléchir sa politique, le temps de chercher une solution négociée avec toutes les parties. A écouter ce qui se dit du côté de l’Etat, depuis mardi dernier, on semble se diriger vers un durcissement de la situation. Les amicales des étudiants se sentent diffamées et ont promis une plainte contre les autorités qui, de leur côté, ne semblent pas vouloir appeler à une quelconque concertation de toutes les parties.
Or, au même moment, se déclarant solidaires de leurs camarades de l’Ucad, et pour marquer le deuil du jeune Abdoulaye Ba, les étudiants de Thiès, de l’Ugb, de Bambey et de Ziguinchor sont aussi dans la rue, protestant contre leurs conditions de vie et d’études. Les manifestations ont également eu un effet domino, avec les élèves des lycées et collèges de certaines villes appelés à «débrayer» en signe de solidarité pour leurs aînés.
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