La Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho) a organisé hier une rencontre avec des victimes de la crise politique survenue au Sénégal entre 2021 et 2024, des organisations locales de la Société civile et la presse locale. L’objectif était de sensibiliser et communiquer sur les enjeux d’accès à la justice pour les victimes. Le Coordonnateur régional de Kolda de cette structure a estimé que le premier pas vers la justice devra consister à l’identification de toutes les victimes partout au Sénégal et dans la diaspora.

Par Abdoulaye KAMARA – Lamine Cissokho dit Bilding a été emprisonné pendant 6 mois à Kolda pour le délit présumé de participation à la casse de la station-service Total de Vélingara en 2024. Son récit des faits a jeté un coup de froid au sein de l’assistance qui était venue, hier mercredi, répondre à l’invitation de la Rencontre africaine des droits de l’Homme (Raddho) pour, dit-on, «informer et communiquer sur les enjeux d’accès à la justice pour les victimes de la crise sociopolitique au Sénégal durant la période 2021-2024». Des journalistes, des membres de formations politiques et d’organisations de la Société civile ont écouté le jeune fermier faire le récit de son arrestation et de tout ce qui a suivi après, jusqu’à sa libération 6 mois après. Il dit : «J’ai été arrêté 2 mois après le passage du candidat Sonko à Vélingara, alors que je quittais ma ferme arboricole pour acheter de l’essence. On me reproche d’avoir participé à la casse de la station-service Total et d’avoir incité les jeunes à la vandaliser. Alors qu’après avoir accueilli le président Sonko, je suis allé dans ma ferme. Je ne suis aperçu dans aucune vidéo comme ayant participé aux dites casses. Je ne suis leader d’aucun groupe de jeunes. Le jour de mon jugement, 6 mois après, on m’a signifié que je n’ai rien fait. J’en ai subi des vertes et des pas mûres que je ne saurais relater ici. J’ai perdu toute ma campagne agricole cette année-là, des pans de la clôture de mon jardin sont tombés et la pompe immergée dans le puits s’est définitivement grippée.»

Bilding a été plus «heureux» que toutes les autres victimes des dits événements à Vélin­gara. «J’ai reçu une indemnité de 500 mille francs qui m’a permis de clôturer, en dur, ma ferme. Une somme que je juge insuffisante par rapport au préjudice que j’ai subi.» En tous les cas, le jeune Cissokho est plus chanceux que toutes les autres victimes du département de Vélingara. «Nous étions 3 à être incarcérés au même moment. Les autres n’ont rien reçu. En entrant en prison, d’autres jeunes étaient déjà libérés», a-t-il déclaré. Etait-ce parce que Bilding était un sympathisant de l’actuel parti au pouvoir, comme il le reconnait d’ailleurs ?

C’est justement cette forme de justice que fustige la Raddho. Idrissa Boiro, Coor­donnateur régional de la Raddho à Kolda, a dit : «Effectivement, il y a eu des victimes recensées à Vélingara et non indemnisées. Et des victimes non encore recensées par l’Etat. Ce qui est injuste. L’Etat doit adopter une réaction impartiale et globale au profit de toutes les victimes qui ont été affectées par les événements.» Et puis de suggérer : «L’Etat doit parcourir tout l’espace national pour recenser les victimes partout où elles se trouvent, même dans la diaspora. C’est le premier pas à faire vers la justice et la réparation. Mener des enquêtes impartiales en impliquant des organisations des droits de l’Homme et traduire les personnes coupables devant les tribunaux. Sur la base de ce recensement et des enquêtes, initier une indemnisation juste et équitable au profit de toutes les victimes.»

A rappeler que durant cette période, le département de Vélingara a enregistré 2 morts à Diaobé, la gendarmerie de Diaobé réduite en cendres, la station-service Total de Vélingara vandalisée, sa boutique vidée de la totalité de ses produits. Des maisons d’hommes politiques visées et touchées, et plusieurs jeunes de la localité ont séjourné en prison.

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