Elles ont contribué à booster les indicateurs dans le domaine de l’éducation et sont à l’origine de l’abandon de pratiques culturelles néfastes au bien-être et à la santé des filles dans leurs localités. Les grands-mères de 7 villages de la commune de Saré Coly Sallé étaient au centre d’une journée d’hommage, dimanche passé, pour magnifier leurs actions et les encourager à persévérer. Ces villages ont pris cette initiative en collaboration avec l’Ong Gmp-changement par la culture.

Par Abdoulaye KAMARA – Dimanche dernier, dans le village de Saré Yéroyel, situé dans la commune de Saré Coly Sallé, une trentaine de grands-mères ne cessaient de montrer, très souvent, des dents rendues ocres par l’âge tout au long d’une journée festive à elles dédiées. Elles ne se sont pas privées de danser et chanter pour se faire plaisir. Assises sur des nattes à même le sol, les jambes allongées pour leur confort, ces grands-mères recevaient les hommages des habitants de 7 villages de cette commune du département de Vélingara. Jeunes filles, femmes en âge de procréation, enseignants, religieux et notables, en collaboration avec l’Ong Grandmother project (Gmp-changement par la culture), ont tenu à leur dédier une journée d’hommage en reconnaissance des impacts positifs que leurs actions auprès des enfants, des mères, des pères et des écoliers ont provoqués dans la promotion de l’éducation et la protection des enfants, des filles surtout. Chants, danses, poèmes, sketchs, témoignages, rires, rien n’était de trop pour mettre à l’aise ces personnes âgées, rappeler les missions qu’elles se sont librement assignées, les activités menées et les résultats obtenus. Une manière, selon Mamadou Coulibaly, Directeur national de Gmp-changement par la culture, de les encourager à maintenir le cap. Tous les témoignages, sketchs, poèmes et chants entendus et suivis à cette tribune de Saré Yéroyel ont mis le curseur sur leurs rôles dans les familles, auprès des filles, dans la communauté et au sein des écoles. «Elles sont, à la fois, enseignantes, tradi-thérapeutes, matrones, conseillères des femmes allaitantes, des femmes enceintes, gardiennes des valeurs culturelles, gardiennes des foyers quand tout le monde est dehors, éducatrices et protectrices des filles. Quand elles sont là, tout le monde se sent en sécurité, le chef de famille en premier», a enseigné Mamadou Bâ, acteur culturel, à la suite de plusieurs autres orateurs.

Quelles activités mènent concrètement ces femmes dans leurs villages respectifs ? Abdourahim Diallo, directeur de l’école élémentaire de Baty : «Elles interviennent à l’école pour enseigner l’histoire du village, dire des contes et devinettes, proverbes, sensibiliser les enfants sur leurs devoirs et responsabilités. Elles encouragent des actions d’assainissement dans le village et à l’école, et trouvent les moyens pour doter les élèves de fournitures scolaires. Et puis les grands-mères se constituent en bouclier autour des filles pour empêcher les mariages forcés, les grossesses non désirées ainsi que les mutilations génitales féminines.»

Mme Judi Aubel, fondatrice et Directrice exécutive de Gmp, apprécie. «Tout le monde se rend compte que les grands-mères sont importantes. Mais très souvent, on néglige leurs rôles et leur importance dans les communautés et dans les familles. Le programme de Gmp-changement par la culture cherche, à tout moment, à valoriser les rôles importants des grands-mères dans les familles, à l’école et dans les communautés. Aujourd’hui, c’est l’occasion pour toute la communauté de Saré Coly Sallé d’écouter ce que les grands-mères sont en train de faire pour le bien-être des femmes, des enfants et surtout des filles», indique Mme Aubel.

Pour mieux jouer leur partition dans le développement des enfants et des communautés, ces grands-mères ont été enrôlées par Gmp dans des programmes de formation en leadership, en technique de communication, en développement personnel, en droits de l’Homme, en éducation des adultes afin d’accroître leurs connaissances sur les grossesses précoces, mariages précoces et les mutilations génitales féminines.

Les grands-mères partagent des pratiques positives

La rencontre de Saré Yéroyel n’a pas été que festive pour les grands-mères. Elle a aussi servi d’occasion pour un partage d’expériences et de pratiques positives en vue de l’avancement des villages et de la promotion de l’éducation et les droits des filles. « Nous, grands-mères, avions remarqué qu’un collégien en situation de handicap qui faisait 4 km à pied par jour pour suivre les cours au Collège de Saré Bassy était au point d’abandonner pour cause d’absences et de retards fréquents. Nous nous sommes alors cotisées pour lui acheter un vélo. Et ça marche pour lui maintenant», indique Aminata Baldé du village de Baty. Sirmane Diao du village de Baty ajoute : «Nous avions encouragé nos étudiants à organiser des cours de vacances pour leurs jeunes frères des collèges et de l’élémentaire. Après 2 mois de cours, nous avons clôturé par une fête accompagnée d’une remise de fournitures scolaires à tous les participants. En plus, nous avons mobilisé les jeunes filles et jeunes garçons pour rendre propres les cours des écoles et les salles de classe pour un démarrage effectif des enseignements le jour de la rentrée des classes.» Les grands-meres sont aussi un exemple de solidarité. «Nous avons créé une caisse de solidarité pour doter tous les élèves de fournitures scolaires en début d’année scolaire. Chaque semaine, nous nettoyons le village et nous nous concertons souvent entre grands-mères pour partager les problèmes de couple et de famille afin d’y apporter une solution.» «Je suis originaire de Kandia où Gmp a démarré, en premier, ses activités. Ce sont les impacts positifs de Gmp sur l’éducation des filles et l’abandon de l’excision et des mariages précoces qui m’ont poussée à solliciter l’intervention de Gmp dans ce village. A Kandia, main­tenant nous avons des filles universitaires et l’excision y est de moins en moins pratiquée», professe Mariama Mballo du village de Saré Yéro­yel.

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