Personnes âgées, adultes et jeunes des 2 sexes du quartier Nasroullah 2 de la ville de Vélingara ont décidé d’engager des dialogues communautaires pour décider des actions à entreprendre pour un développement intégral de leurs enfants et asseoir une cohésion sociale. C’est à l’issue de 2 jours dits «Journées de Dialogue et de solidarité» initiées par l’Ong Grandmother project (Gmp-changement par la culture), tenus mardi et mercredi passés. Ces citadins de la périphérie nord de la ville de Vélingara ont surtout insisté sur les mutilations génitales.
Par Abdoulaye KAMARA – Certaines communautés croient encore aux vertus des Mutilations génitales féminines (Mgf). C’est le cas des habitants du quartier Nasroullah 2 de la ville de Vélingara, située dans la région de Kolda au Sud du Sénégal. Au cours de travaux d’ateliers d’une «Journée de dialogue et de solidarité», tenus mardi et mercredi passés, 24 sur 36 participants ont vanté les vertus de l’excision. Pendant 2 jours de dialogues communautaires, initiés par l’Ong Grandmother project (Gmp-changement par la culture), des leaders religieux, des notables, des personnels de santé, des groupes de jeunes filles, de jeunes garçons, d’adultes femmes et hommes ainsi que des personnes âgées des 2 sexes ont réfléchi sur les voies et moyens d’assurer le développement holistique de leurs enfants, des filles surtout.
C’est ainsi que l’équipe de Mamadou Coulibaly, Directeur national de Gmp-changement par la culture, a introduit des thèmes liés aux dimensions du développement holistique des filles, aux valeurs et traditions locales, au rôle des parents dans l’éducation et la formation de leurs enfants, à l’excision et au leadership communautaire. Pour introduire le thème lié à l’excision, l’atelier a écouté une «Histoire sans fin» qui met aux prises une grand-mère et un religieux aux positions différentes relativement à la pratique. Par la suite, les participants étaient appelés à poursuivre le récit et réfléchir sur la problématique. C’est seulement dans le groupe des jeunes filles que toutes les voix sont unanimement contre cette pratique ancestrale.
Dans tous les autres groupes, la tendance était majoritairement favorable à la perpétuation des Mgf. Au total, 24 sur 36 ont exprimé leur volonté de conserver la tradition. Les arguments qui sont les plus couramment relevés par les conservateurs sont : «C’est une pratique ancestrale que l’on ne doit pas abandonner sous aucun prétexte. Une fille non excisée est impure. Elle ne doit pas préparer à manger et n’est pas apte, en islam, à faire des prières valides. Une fille excisée est généralement moins portée vers le vagabondage sexuel.»
Les argumentaires religieux et sanitaires
Pour départager ces positions divergentes, des religieux musulmans et un agent de santé communautaire ont pris la parole. Sur 3 religieux, 2 ont donné des arguments défavorables à la pratique. Il s’agit des maîtres d’arabe Yahya Diallo et Mme Ndiaye Yassine Sow. Ils se sont basés sur le Coran et les enseignements tirés des pratiques prophétiques. Un autre religieux, l’imam du quartier, Alhousseyni Baldé, s’est montré favorable à la perpétuation de la pratique en se fondant également sur le Livre Saint et en évoquant des enseignements prophétiques.
Mais c’est la communication de l’agent de santé communautaire qui aura le plus retenu l’attention des participants. Mme Aminata Mimi Seydi, sans langue de bois, sans couvrir de pudeur les mots pour mettre à l’index les maux des mutilations génitales féminines, a fait réviser leurs positions favorables à plus d’un participant. Mme Seydi a notamment dit : «Les complications liées à l’excision augmentent les risques de recourir à la césarienne avec tous les risques de cette intervention chirurgicale. Le long temps de travail peut entraîner des déchirures et la survenance de fistules obstétricales si gênantes. Les fistuleuses peuvent traîner des troubles psychologiques liées au fait qu’elles sont infréquentables du fait des crises d’incontinence.» Ce n’est pas tout. Mme Seydi a poursuivi : «Au moment de l’ablation du clitoris, les douleurs sont très atroces et même traumatisantes. Les cicatrices et les kystes qui en naissent peuvent causer une insensibilité sexuelle.»
La dame Hawa Diao, qui participait à la rencontre, a informé : «Je suis excisée. A la naissance de mon 2ème enfant, j’ai fait 1 semaine de travail à la maternité. Il a fallu qu’on me fasse un traitement spécial pour expulser l’enfant, juste au moment où je devais être évacuée à Tambacounda. Au même moment, des filles, certainement non excisées, sont venues et ont accouché sans difficultés majeures, le même jour. Je m’explique maintenant les causes de mon très long temps de travail.»
Les participants ont décidé de se retrouver prochainement dans un lieu public du quartier pour décider des actions à entreprendre vis-à-vis de l’excision et de tous les aspects du développement de leur localité. A rappeler que cette Journée de dialogue et de solidarité entre dans le cadre des activités du programme Développement holistique des filles (Dhf), financé par l’ambassade du Royaume des Pays-Bas au Sénégal.
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