Hier vendredi, comme ce fut le cas depuis huit jours, les producteurs d’arachide ont erré à travers les points de collecte officiels et officieux du département de Vélingara (sauf Diaobé peut-être) sans trouver un collecteur avec qui échanger leurs graines contre des espèces sonnantes et trébuchantes. «Pas d’argent pour l’instant. Ce que nous avions est fini», disent les acheteurs invariablement.
Par Abdoulaye KAMARA (Correspondant) – «Deux points officiels de collecte de l’arachide sont agréés dans le département de Vélingara : 1 à Vélingara et 1 autre dans le village de Paroumba. Il y a plusieurs autres points de collecte non officiels dans les marchés hebdomadaires de Diaobé, de Manda, de Témento et dans plusieurs autres localités», informe Mamadou Ka, chef du Service départemental du Commerce. Hier vendredi, comme s’ils avaient comploté contre les producteurs, ces points n’avaient pas de sous pour acheter les graines. Au seul point de collecte officiel de la commune de Vélingara mis en place par l’opérateur Mademba Khary Niang dit Pape, ce fut un ballet incessant de charrettes et de tricycles achalandés de sacs de l’oléagineux. Certains cyclistes et motocyclistes viennent prendre des informations relatives à la disponibilité de l’argent. Invariablement, ils s’entendaient dire : «Il n’y a pas d’argent pour l’instant. L’argent que nous avions est fini.» Sékou Baldé, le gérant du point, ajoute : «Depuis samedi dernier, nous avons épuisé tout le capital que nous avions mobilisé. J’attends que mon patron en reçoive encore.» Ce point est ceint par une clôture en tiges de bambou tressés appelés krinting. A l’intérieur, se trouve un imposant stock de graines bien criblées, sans poussière ni impuretés. Des graines posées sur une bâche pour éviter tout contact direct avec le sol. Sékou Baldé : «Ce sont des graines qui sont conditionnées pour servir de semences. Elles sont bien traitées pour ne pas subir d’attaques de parasites.» A côté de ces graines en vrac, se trouvent des sacs d’arachide entreposés. «Ce sont des sacs d’arachide criblés que nous n’avons pas pesés, parce que nous nous sommes rendu compte, après criblage, qu’il y a rupture des fonds. Le criblage est obligatoire. C’est pénible pour les producteurs et çà retarde le travail, mais c’est nécessaire pour la vérité du poids et la qualité des graines. Surtout que nous livrons de la semence. Ici le kg s’échange contre 305 francs Cfa.»
Mademba Khary Niang, l’Opérateur privé stockeur (Ops), donne plus d’éclairages : «J’achète des graines pour les huileries et pour la semence. A partir des points de Kandia et de Vélingara, j’ai collecté 271 tonnes depuis le démarrage de la campagne. Pour l’instant. J’ai convoyé une partie à la Sonacos de Ziguinchor.»
A quand la reprise de la collecte ? «Le premier acompte reçu de la banque est épuisé. Il faut déposer des justificatifs pour obtenir un autre décaissement. C’est en cours de traitement au niveau de la banque», répond l’Ops.
A chaque producteur ses motivations et peines
Deux points de collecte de l’oléagineux sont autorisés par l’Etat dans le territoire départemental de Vélingara. L’un se trouve à Paroumba, une commune située à l’extrême-est du département, et l’autre dans la commune chef-lieu de département, Vélingara. Ceci informe éloquemment sur la volonté déclarée de l’Etat de permettre aux producteurs de vivre de leur métier en vendant leurs récoltes à 305 francs Cfa, au moins. Deux points de collecte pour un département qui fait 14 communes et majoritairement peuplé de paysans. Aussi, les points non officiels ont-ils proliféré dans le territoire départemental. Ils étaient actifs jusqu’à une date récente. Avant le tarissement des ressources financières.
«Dans les points non officiels, le kg est acheté à 250 francs. A prendre ou à laisser. Les paysans n’ont pas le choix. C’est un moindre mal pour un producteur qui devra transporter sur 50 km ou moins pour trouver un collecteur qui veuille bien échanger son arachide contre 305 francs. Les frais de transport n’en valent pas la peine», a dit Diarga Baldé, un producteur.
Le Service du Commerce veille au grain. Son patron explique: «Nous faisons le tour du département. Nous avons piégé des opérateurs véreux que nous avons sanctionnés conformément à la législation économique. Ils bénéficient de la complicité des populations qui refusent de dénoncer.»
Tous les deux points officiels et les points officieux de la ville de Vélingara sont en rupture de financement. D’ailleurs, vendredi vers 11 heures, un producteur venu de Paroumba, une localité qui a pourtant un point officiel, est arrivé à Vélingara avec un chargement de 12 sacs d’arachide. Ô désagréable surprise pour Samba Camara ! Sékou Baldé lui dit : «Il n’y a pas d’argent. Et on ne crible pas et ne pèse pas sans argent. Nous ne pouvons pas garder tes graines ici parce qu’on ne sait pas quand l’argent sera disponible.»
Une sueur froide dégouline aussitôt du visage du pauvre qui a loué les services d’un tricycle pour au moins 50 km de trajet. «Que faire ? La famille organise le baptême d’un nouveau-né dimanche. On comptait sur les recettes de ce produit pour les dépenses. J’aurais dû prendre des informations avant de venir. Les points officieux sont tous fermés ce jour», a dit Samba Camara bien déçu.
Samba Sabaly du village de Saré Dialo, à 4 km, est venu à moto prendre des informations, sans la production. «Nous devons célébrer un mariage dimanche. C’est sur la vente de notre production d’arachide que nous comptions. Vous ne connaissez pas un privé qui veuille acheter de l’arachide ? On pourra marchander le prix du kg, sans cribler», dit-il, visiblement touché par la mauvaise nouvelle.
Un autre producteur venu de Saré Bassy, 2 km, à bord d’une charrette remplie d’une quinzaine de sacs, a fait le tour de tous les points de vente indiqués sans trouver un seul repreneur liquide. Alors que, dit-il, «nous avons un malade aux urgences au centre de santé».
Si pour le point officiel de collecte de Vélingara, on est informé de la cause de la suspension de l’opération, pour les points non officiels, aucun opérateur n’a voulu répondre à nos questions. Peut-être savent-ils qu’ils opèrent en toute illégalité en achetant les graines à un prix en deçà du prix officiel de 305 francs Cfa le kg.
akamara@lequotidien.sn
