Les sages-femmes du District de santé de Vélingara, le temps d’un Vsd (Vendredi, samedi, dimanche), ont troqué leurs blouses blanches contre des tenues de sport et puis des tenues du dimanche, tout aussi blanches, avec une écharpe rose au cou. Elles ont célébré, samedi 2 mai, la Journée internationale qui leur est dédiée par an, par anticipation -le 5 mai lui étant consacré. Elles ont reçu, à l’occasion, les hommages de plusieurs personnalités du Fouladou pour leur rôle si important dans la promotion d’une meilleure santé maternelle et néonatale. Dr Omar Sané médecin-chef du district, parrain de la journée, l’honorable député Ibou Guèye, parrain de la randonnée pédestre, le doyen Amadou Dièye Sow, un des panélistes, Coordonnateur départemental de la Raddho, n’ont tous pas tari d’éloges à l’endroit de ces actrices de la santé de la reproduction qui «travaillent dans des conditions difficiles, sans équipements adéquats, tout en gardant le sourire ; l’éthique et la déontologie en bandoulière». Elles ne se sont pas, à leur tour, privées de sourire et de reconnaissance à l’endroit de tous les acteurs institutionnels comme communautaires, qui leur facilitent la tâche et leur font «garder le cap en tout lieu et en toute circonstance».
Ces marques de considération et de reconnaissance n’ont pas empêché la responsable-district en santé de la reproduction, Mme Simone Wade Karimou, de faire le point sur leurs difficultés. En face de quelque 200 sages-femmes, infirmiers, agents de santé communautaires, médecins, Badiénou gox et partenaires, elle a informé des faiblesses du secteur. Mme Karimou a notamment dit : «Le district fait face à un déficit en sages-femmes. Dans les 36 structures de santé (34 postes et 2 centres de santé), travaillent 43 sages-femmes. 8 postes sont sans sages-femmes. Dans pratiquement tous les postes, se trouve juste une sage-femme. Ce qui induit une surcharge de travail.» Elle poursuit : «La sage-femme, dans ce district, travaille 24 heures sur 24. Elle n’a ni samedi ni dimanche, et peut être réveillée à toute heure.» Et puis, malgré cette surcharge de travail, elles sont pratiquement toutes des contractuelles : «6 seulement sont des fonctionnaires.» Et puis de faire ce plaidoyer : «L’Etat doit procéder à plus de recrutements et de formation pour la qualité des prestations, au bénéfice d’une meilleure santé maternelle et néonatale.»
Le déficit en personnel est loin d’être le problème le plus crucial de la santé maternelle à Vélingara. Mme Karimou explicite : «Dans les postes de santé, seul le logement de l’infirmier est prévu généralement, alors que c’est souvent la nuit que la sage-femme reçoit le plus d’accouchements. Elle peut recevoir dans une nuit 4 à 5 accouchements et rentrer à la maison à 6 heures du matin. Quand le matin, elle vient au poste vers 9 heures, les patientes qu’elles trouvent sur place la regardent d’un mauvais œil, considérant qu’elle manque de professionnalisme et d’éthique.»
L’autre manquement qui en rajoute au stress émotionnel des sages-femmes, c’est le défaut d’ambulances et de subvention en carburant par les collectivités territoriales. Mme Simone Wade déclare : «Le district a un gap de 17 ambulances. Toute la commune de Paroumba, avec 3 postes de santé, ne dispose que d’une seule ambulance. Il arrive qu’un besoin en évacuation se présente alors que l’ambulance est à Kolda ou Tambacounda. Ou que la famille de la parturiente n’a pas les moyens d’acheter le carburant nécessaire pour l’évacuation et ne peut non plus garantir prendre en charge financièrement les frais médicaux à Tambacounda (90 km) ou à Kolda (128 km). La sage-femme vit un stress émotionnel permanent. En 2025, seule la commune de Kandiaye a pris en charge le carburant lié aux évacuations sanitaires. Cette année, il y a eu plus de 1000 évacuations vers Tambacounda et Kolda en lien avec la santé de la reproduction. Ce qu’il faut pour Vélingara, c’est un hôpital.»
Les promesses du député Ibou Guèye
Le président de la Commission défense et sécurité à l’Assemblée nationale a participé à la Journée internationale des sages-femmes organisée par le District de santé de Vélingara, vendredi et samedi. L’honorable député Ibou Guèye a, d’ailleurs, été le parrain de la randonnée pédestre organisée vendredi 1er mai en marge de cette journée. A la fin des discussions liées aux thèmes du panel, l’honorable Ibou Guèye a tenu ces mots : «J’ai tenu à être là pour l’honneur que les sages-femmes m’ont fait en me choisissant comme parrain de la randonnée pédestre, mais aussi pour leur rendre hommage pour le rôle si important qu’elles jouent dans le cadre de la santé maternelle. Ce sont mes collaboratrices privilégiées, bien avant que nous ne soyons aux affaires, en matière d’initiatives en santé communautaire, en dons de sang… Elles sont confrontées à d’énormes difficultés liées notamment aux conditions de travail : souvent pas d’électricité dans les postes de santé, elles sont dans des zones enclavées ; le plateau technique trop faible et pas de logement pour elles, alors que c’est la nuit qu’elles sont le plus sollicitées.»
Aussi, il lance un appel : «J’invite les élus locaux à accompagner les sages-femmes dans l’amélioration de leurs conditions de travail et dans le recrutement. En tant que parlementaire, je serai la voie des sages-femmes à l’Hémicycle. D’ailleurs, les Badiénou gox m’ont interpellé sur leur cas. Je crois qu’il faut travailler à leur donner un meilleur statut pour l’excellent travail qu’elles abattent dans le secteur de la santé. Elles ont demandé une audience avec la ministre de la Famille et des solidarités. Elles font un excellent travail, elles ont contribué à relever les indicateurs en matière de Hpv notamment. Il faut leur donner un statut qui sied au travail qu’elles font et à leur place dans la communauté.»
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