Par Abdoulaye KAMARA – Demba Kane, la cinquantaine bien sonnée, corps solide de lutteur, aux cheveux grisonnants, a la charge d’être le premier président de la Coopérative des acteurs de la pêche du fleuve Kayanga et de l’Anambé. Cette structure a été mise en place, jeudi passé, par des pêcheurs, des mareyeurs et des transformateurs de produits halieutiques qui agissent dans le bassin de l’Anambé, à cheval entre les départements de Kolda et de Vélingara. Ils ont obtenu le soutien technique et financier de la Direction de la pêche continentale (Dpc) et celui de la Sodagri (Société de développement agricole et industriel du Sénégal). Demba Kane, l’air serein, a une idée des attentes du millier d’acteurs de la pêche qui lui ont fait confiance.
Après avoir été installé par le Sous-préfet de l’arrondissement de Saré Coly Sallé, Mbaye Diouf, aux côtés de son homologue de Mampatim (département de Kolda) et d’un représentant de la Sodagri, Demba Kane a déclaré : «C’est un gros espoir qui est placé en moi. Le secteur connaît beaucoup de difficultés que cette coopérative devra chercher à résoudre. Si nous parvenons à atteindre les objectifs de développement de la pêche que nous nous sommes fixés, des milliers de jeunes pourraient trouver du travail ici et éviter l’aventure de l’émigration irrégulière.»
Maïmouna Sarr Sow, cheffe du Service régional de la pêche et de la surveillance de Kolda, qui a participé à la rencontre, a levé un coin du voile sur les contraintes : «Le secteur traverse beaucoup de difficultés : la surexploitation, la raréfaction de la ressource, le tarissement précoce des plans d’eau du fait des changements climatiques, un manque d’organisation des acteurs, un problème d’infrastructures. Il y a aussi un problème de conservation des produits frais, car nous sommes une région chaude et les infrastructures de conservation manquent.»
A ces contraintes du secteur, Demba Kane a ajouté : «Il y a les mauvaises pratiques de pêche du fait de l’utilisation des monofilaments qui sont interdits. Il faut dire que nous sommes obligés d’utiliser les monofilaments qui sont à notre portée. Les filets aux normes ne sont pas disponibles ici. Nous n’avons pas les moyens de les acquérir. Et puis, les sites d’embarquement du poisson ne sont pas aménagés et les marchés sont insalubres.»
Et puis, la technicienne de la pêche indique les tâches à exécuter à Demba Kane et son bureau qui a été élu par un Conseil d’administration et qui s’est trouvé aussi un Conseil de surveillance. Elle a dit : «C’est un premier pas de s’organiser pour faire face à ces défis. Il faut jouer le rôle de préservation de la ressource halieutique, organiser la commercialisation du poisson, de même jouer un rôle dans le renouvellement des permis de pêche et pour l’obtention de la carte de mareyeur et l’accès aux financements.»
Vélingara réalise 78% des captures de la région
«Pour la région de Kolda, les captures pour l’année 2025 étaient de 734 tonnes pour une valeur marchande de 8, 8 milliards de F Cfa», a informé la cheffe du Service régionale des pêches et de la surveillance de Kolda, Mme Sow Maïmouna Sarr. Qui a ajouté : «Le département de Vélingara a réalisé les 78% de ces captures, soit plus de 576 tonnes, d’où la place importante que ce département occupe.» Au même moment, la région a importé plus de 1236 tonnes de poissons frais venant des autres localités du pays (Mbour, Joal, Kafountine). Les transformateurs basés à Vélingara ont pu mettre dans le marché 28 980 kg de poissons séchés ou fumés pour une valeur marchande de 66 millions de F Cfa.
Le dénuement du Service technique de la pêche
La Coopérative des acteurs de la pêche du fleuve Kayanga et de l’Anambé, mise en place par la Sodagri en collaboration avec la Direction de la pêche continentale, devra également être l’avocate de ses partenaires techniques du Service départemental de la pêche. En présentant la situation de la pêche continentale à Vélingara, son patron, Mame Birame Diouf, a laissé entendre : «Nous avons des difficultés à accéder aux zones de pêche. Nous n’avons ni véhicule ni moto. Pour nous déplacer, il faut solliciter le Préfet, alors que le département est très vaste, et la surveillance et la sensibilisation devraient être permanentes.» C’est dire que M. Diouf et ses hommes passent le clair de leur temps de travail à surveiller les marchés alors que les mauvaises pratiques de pêche ont lieu ailleurs, dans les mares, les lacs, le confluent du fleuve Gambie, à mille lieues du marché aux poissons de la capitale départementale, Vélingara.
akamara@lequotidien.sn
