Face à l’urgence climatique et à la dégradation de la biodiversité, le Sénégal a été retenu parmi les quatre pays pilotes du projet Global Nature-based solutions (Nbs) navigator. Lancée à Dakar par l’Uicn avec le soutien du gouvernement allemand, cette initiative vise à structurer les réponses écologiques en s’appuyant sur l’expertise locale et les réalités socio-économiques du pays.
Par Amadou MBODJI – Le Sénégal fait partie des quatre pays pilotes, aux côtés du Kenya, du Malawi et de la Tanzanie, retenus pour la mise en œuvre de solutions basées sur la nature face aux changements climatiques. Le projet, dénommé Global Nature-based solutions (Nbs) navigator, a été officiellement lancé hier à Dakar. Organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn), cet atelier inaugural a bénéficié de l’appui de l’Initiative internationale pour le climat (Iki) du gouvernement allemand. Le directeur de Cabinet du ministre de l’Environnement et de la transition écologique, Dr Bouré Diouf, a salué un choix qui «n’est pas une surprise», soulignant le rôle actif du Sénégal dans la diplomatie environnementale et son engagement constant dans ce domaine.
Abondant dans le même sens, le conseiller et chef de la section de la Coopération allemande, Casjen Ohnesorge, a rappelé que l’Allemagne et le Sénégal partagent des valeurs communes, mais également des défis écologiques majeurs, face à la pression croissante exercée sur les écosystèmes par les inondations, les sécheresses et les feux de forêt.
Agir dans l’urgence et sur le temps long
Face à ces périls, M. Ohnesorge a insisté sur la nécessité d’agir à la fois dans l’urgence et sur le long terme. Il a présenté la future plateforme numérique du projet, un outil inédit conçu pour faciliter la planification et l’exécution des initiatives écologiques. Prévue sur une durée de quatre ans, cette démarche ambitionne de mieux structurer la protection des écosystèmes et de renforcer les capacités nationales sénégalaises.
Dans un contexte d’aggravation de la crise climatique, qui impacte lourdement la biodiversité et les systèmes de production, les Solutions fondées sur la nature (Sfn) s’imposent comme une réponse incontournable. Pour le Dr Youssouf Diédhiou, chef de programme à l’Uicn, la situation exige des approches multidimensionnelles. «A l’échelle mondiale aujourd’hui, nous faisons face à une crise sans précédent», alerte-t-il. Il estime que les Sfn permettent d’agir simultanément sur trois axes vitaux : la protection des écosystèmes, leur restauration et leur gestion durable.
Capitaliser sur les savoir-faire endogènes
Toutefois, l’intérêt de ce projet ne réside pas uniquement dans son ingénierie technique. Le Dr Diédhiou insiste particulièrement sur la nécessité de valoriser les savoir-faire locaux. Si le concept de Solutions fondées sur la nature peut sembler novateur, les pratiques qu’il englobe sont ancrées depuis des générations au sein des communautés. La restauration, la préservation et la gestion communautaire des ressources naturelles constituent une richesse historique qu’il convient de mieux documenter. L’objectif est clair : partir de l’expertise du terrain pour construire des réponses parfaitement adaptées aux réalités sénégalaises.
Une plateforme exigeante pour recenser les initiatives
C’est précisément la vocation de la plateforme en cours de création : identifier et qualifier les actions menées à l’échelle nationale. Le responsable de l’Uicn précise cependant que tout projet vert n’est pas forcément une Solution fondée sur la nature. Pour obtenir cette reconnaissance, une action doit non seulement restaurer ou gérer durablement un écosystème, mais également générer une réelle plus-value socio-économique. En d’autres termes, une véritable Sfn doit améliorer simultanément la préservation de la biodiversité et le bien-être des populations.
Pensée dans une dynamique de co-construction associant chercheurs, communautés et professionnels sectoriels, cette future base de données sera progressivement alimentée par les retours du terrain. A terme, elle permettra de concevoir des modèles sur mesure, capables de prendre en compte les spécificités socio-économiques et écologiques de chaque territoire du Sénégal.
ambodji@lequotidien.sn

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