A l’occasion de la Semaine internationale des archives, l’axe «Archives, patrimoine et société» du laboratoire de recherche de l’Ebad a organisé une journée d’études axée sur la mémoire et la justice. Entre locaux inadaptés et défis du numérique, les universitaires tirent la sonnette d’alarme et plaident pour une véritable politique nationale de conservation.
Par Justin GOMIS – «L’état des archives au Sénégal n’est pas très favorable.» Le constat, sans concession, a été dressé hier par Mor Dièye, professeur à l’Ecole des bibliothécaires, archivistes et documentalistes (Ebad). Il s’exprimait lors de la journée d’études organisée par l’axe «Archives, patrimoine et société» du Laboratoire de recherches en sciences de l’information et de la communication (Larsic) de l’Ebad, dans le cadre de la Semaine internationale des archives.
D’après le chercheur, cette situation critique est directement liée à un problème structurel de conservation. «Concernant les archives judiciaires, qui font l’objet de cette manifestation, et malgré l’existence du Centre national des archives de Louga -qui est un centre plus ou moins correct-, l’état général ne permet pas un suivi optimal. Les conditions de conservation ne sont pas adaptées et les normes ne sont pas respectées», a-t-il déploré.
Pour étayer son propos, le professeur Dièye a rappelé que les Archives nationales sont actuellement installées au sein du centre commercial 4C. Un choix qu’il critique ouvertement, estimant qu’«un centre commercial n’est pas le lieu le mieux indiqué pour conserver le patrimoine documentaire d’un pays».
Justice, mémoire et projection vers l’avenir
Pourtant, l’importance de ces documents n’est plus à démontrer. C’est précisément pour réaffirmer leur utilité publique que les organisateurs ont retenu cette année le thème : «Archives pour la justice, devoir de mémoire et avenir.» Un triptyque destiné à explorer les dimensions judiciaire, mémorielle et prospective de la discipline. «Les archives sont fondamentales pour rendre justice. Elles ont valeur de preuve, et la justice repose sur la preuve. Sans archives, il n’y a pas de preuves, et sans preuves, on ne peut rendre la justice comme il se doit. Tout l’intérêt de cette journée de réflexion est de montrer comment préserver ces éléments», a expliqué Sylvestre Kouakou, directeur adjoint du Larsic.
Abordant le volet mémoriel, M. Kouakou a souligné que les archives judiciaires participent également à l’établissement d’une «justice mémorielle» liée à l’histoire nationale : «Sans archives coloniales, par exemple, on ne peut pas savoir ce qui s’est réellement passé. Et si l’on ne comprend pas le passé, on ne peut ni appréhender le présent ni se projeter sereinement dans le futur.»
Le défi des nouveaux supports
Face aux mutations technologiques, le directeur adjoint du laboratoire invite le secteur à accorder une attention cruciale aux nouvelles formes de documents. «Pour parler d’avenir, il faut se focaliser sur les supports émergents comme les échanges WhatsApp ou les nouveaux types de documents numériques qui apparaissent. Nous devons mener la réflexion sur ces supports. Notre laboratoire y travaille afin que ces nouveaux formats puissent être capturés, car ils constituent à la fois des preuves juridiques et des valeurs mémorielles de demain», a-t-il insisté.
Pour sortir de cette précarité et moderniser le secteur, le professeur Mor Dièye soutient qu’une refonte stratégique est indispensable. Selon lui, l’actuel directeur des Archives nationales s’attelle déjà à l’élaboration d’une politique nationale des archives, avec l’appui des autorités. En attendant la concrétisation de ces chantiers institutionnels, les organisateurs comptent capitaliser sur les contributions et recommandations issues de cette journée d’échanges pour impulser une dynamique nouvelle au Sénégal.
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