Longtemps restée le parent pauvre des politiques environnementales, la dimension sociale s’invite désormais au cœur de la transition écologique au Sénégal. Le Bureau international du travail (Bit), en synergie avec le gouvernement et les partenaires sociaux, a officiellement lancé hier la deuxième phase du projet dédiée à cet enjeu. L’objectif est clair : corriger les lacunes de la première phase en garantissant que la mutation vers une économie verte se traduise par des emplois décents et une protection sociale renforcée. Et corriger les déséquilibres de la phase 1.
Par Amadou MBODJI – Le passage d’une économie classique à un modèle respectueux de l’environnement ne peut se faire au détriment des travailleurs. C’est le message fort porté hier, lors du lancement officiel de la phase 2 du projet intitulée «La dimension sociale de la transition écologique au Sénégal», au Noom Hôtel de Dakar. Si la transition écologique est une nécessité face aux changements climatiques, son volet social a souvent été occulté par les enjeux purement techniques ou économiques.
Le ministre du Travail, de l’emploi et des relations avec les institutions, Olivier Boucal, a rappelé la genèse de cette nouvelle étape : «A l’analyse, on se rend compte que si les dimensions environnementale et économique étaient prises en compte, la dimension sociale, elle, ne l’était pas suffisamment. Pour corriger cet état de fait, cette deuxième phase vise à intégrer les enjeux sociaux dans les politiques publiques afin de sécuriser les parcours, promouvoir l’emploi décent et renforcer la protection sociale.» Ce projet, soutenu par la France et le Bit depuis 2020, entre désormais dans une phase de consolidation pour que les transformations écologiques ne laissent personne sur le bord de la route.
Pêche et hydrocarbures : le défi de la cohabitation
L’un des enjeux majeurs de cette transition concerne le secteur primaire, pilier de l’économie nationale. Moustapha Kamal Guèye, représentant de l’Organisation internationale du travail (Oit), a rappelé que ce projet trouve son origine dans les préoccupations soulevées dès 2019 par les acteurs de la pêche artisanale auprès du Haut-conseil du dialogue social (Hcds). Le défi est de taille : comment faire coexister les nouvelles industries extractives (pétrole et gaz) avec les activités traditionnelles, tout en respectant les normes écologiques ? Pour le Bit, la réponse réside dans le consensus. L’organisation espère que cette phase 2 débouchera sur des solutions durables permettant à l’exploitation pétrolière de se déployer en totale harmonie avec la pêche artisanale, préservant ainsi des milliers d’emplois.
Un cadre de dialogue pour l’avenir
En impliquant directement les autorités nationales et les partenaires sociaux, le projet ambitionne de créer un modèle de gouvernance où la transition verte devient un levier de progrès social. Il s’agit désormais de transformer la contrainte climatique en une opportunité de modernisation du marché du travail sénégalais, sous le prisme de l’équité et de la résilience.
ambodji@lequotidien.sn

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