Entre le Sénégal et l’Algérie, la Tijaniyya dessine une géographie de la foi, de la transmission et de la mémoire qui s’affranchit des frontières. Berceau de la confrérie et lieu de naissance de Cheikh Ahmed Tijani Chérif, la cité d’Aïn Madhi demeure pourtant méconnue du grand public sénégalais. Aujourd’hui, le développement d’un tourisme spirituel structuré promet de transformer ce patrimoine partagé en un levier majeur de rapprochement diplomatique, culturel et humain entre Dakar et Alger.
Par Amadou MBODJI – De Dakar à Aïn Madhi, une même histoire spirituelle relie le Sénégal à l’Algérie. Au cœur de ce lien séculaire : la Tijaniyya, confrérie soufie fondée par Cheikh Ahmed Tijani Chérif, né dans cette oasis du Sud algérien. Si le Sénégal constitue aujourd’hui l’un des principaux foyers de la voie tijane en Afrique de l’Ouest, l’un de ses hauts lieux fondateurs reste pourtant largement ignoré de nombreux fidèles. Pour la communauté tijane, Aïn Madhi est bien plus qu’un berceau natal : c’est un sanctuaire de mémoire et de ressources spirituelles. C’est précisément ce patrimoine méconnu que souhaite valoriser El Hadji Malick Ndiaye, cofondateur d’Iman Travel Agency.
Vendredi dernier, lors de l’inauguration de son agence à Liberté 6 -en présence de représentants de l’ambassade d’Algérie au Sénégal-, l’initiateur du projet a partagé son expérience personnelle pour plaider en faveur d’un nouveau pont culturel et religieux entre les deux nations.
Marcher dans les pas du fondateur
«En matière de spiritualité algérienne, Aïn Madhi est incontournable. Les Sénégalais sont majoritairement tijanes, mais beaucoup ignorent que Cheikh Ahmed Tijani Chérif est né en Algérie, dans la région d’El Bayadh, au cœur du village d’Aïn Madhi. J’ai eu la chance d’y aller, de me ressourcer et de marcher dans les pas du Cheikh pour comprendre l’histoire de la confrérie. C’est une expérience marquante et vibrante. Je souhaite aujourd’hui que les Tijanes du Sénégal puissent, eux aussi, avoir la possibilité de vivre cette immersion», a confié El Hadji Malick Ndiaye.
Au-delà des relations diplomatiques et des échanges économiques traditionnels, l’entrepreneur rappelle que le Sénégal et l’Algérie partagent une mémoire intestine. Il invite ainsi les pèlerins à découvrir non seulement le lieu de naissance du Cheikh, mais aussi les espaces de ses retraites spirituelles, notamment à Boussemghoun.
La Teranga en partage : un pont à double sens
Cette dynamique culturelle se veut bilatérale. Adel Chabane, associé algérien établi au Sénégal et cofondateur de l’agence, encourage à son tour ses compatriotes à découvrir le territoire sénégalais. Il évoque avec enthousiasme son voyage en bus jusqu’en Casamance : «L’Algérie et le Sénégal partagent le même sens de l’hospitalité. Lors de mon voyage vers Ziguinchor à bord d’un bus Dakar Dem Dikk, j’étais le seul Algérien. L’accueil a été extraordinaire. C’est une destination d’une richesse humaine incroyable qu’il faut absolument promouvoir.»
En positionnant le tourisme religieux et culturel au centre des échanges, ces initiatives privées, soutenues par la diplomatie, entendent donner un souffle nouveau et concret à l’axe Dakar-Alger.
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