Ce mercredi 14 janvier 2026, les rues de Thiès ont vibré au rythme d’une marche nationale pacifique d’envergure. La Jonction des luttes And Gueusseum-Satsus a massivement mobilisé ses bases pour dénoncer l’inertie du gouvernement et exiger le respect des accords signés, plaçant le Président Bassirou Diomaye Faye face à ses responsabilités.

Par Cheikh CAMARA – Le diagnostic des syndicalistes est sans appel : le secteur de la santé et de l’action sociale s’enfonce dans une crise profonde. Entre «dérives graves» à l’Agence de réglementation pharmaceutique (Arp) et tentatives de «braconnage» des Centres nationaux de réinsertion sociale (Cnrs), les travailleurs crient à la violation flagrante des textes réglementaires.

Un gouvernement au banc des accusés

La coalition pointe directement la responsabilité de trois ministères-clés, dépeints comme les maillons faibles du dialogue social, notamment les ministères de la Fonction publique jugé «politiquement et techniquement démunie», de la Santé, pointé du doigt pour «l’absentéisme» de son ministre lors des négociations et les Finances, accusé «d’insouciance» face à la détresse financière des Etablissements publics de santé (Eps).

«Le climat social s’est dangereusement détérioré du fait du défaut d’application des accords, des violations récurrentes du Code du travail et des manœuvres dilatoires orchestrées par le gouvernement», déplorent les responsables syndicaux.

Les exigences prioritaires : dignité et carrière

Au cœur des revendications figure la matérialisation des «accords résiduels» qui traîne depuis trop longtemps. La Jonction des luttes exige notamment : signature immédiate du décret d’intégration des Techniciens supérieurs de santé (Tss) dans la hiérarchie A2 et régularisation des plans de carrière pour tous les corps (aides sociaux, infirmiers, préparateurs en pharmacie, etc.), la délivrance immédiate de diplômes retenus indûment par le ministère depuis plus de 10 ans, la revalorisation des pensions et prolongation optionnelle de l’âge de la retraite à 65 ans et le paiement sans délai pour les fonctionnaires, contractuels et agents des collectivités territoriales, avec correction de l’injustice faite aux agents maintenus à 75 000 F Cfa au lieu des 100 000 F Cfa réglementaires.

Thiès : un plateau technique à l’agonie

Les «blouses blanches» ont profité de leur présence dans la Cité du Rail pour lister des exigences territoriales spécifiques : passage au Niveau 3 et affectation urgente d’un pneumologue pour l’Hôpital Ahmadou Sakhir Ndiéguène : Tivaouane : réhabilitation de l’hôpital Mame Abdoul Aziz Sy et ouverture effective de l’hôpital El Hadji Malick Sy, et création d’un Centre régional de régulation des urgences (Cru) et augmentation des fonds de dotation pour les centres de santé de Khombole, Joal, Mékhé et Pout.

Souveraineté sanitaire et transparence

La coalition ne se limite pas aux questions salariales. Elle dénonce des zones d’ombre dans la gestion hospitalière, s’opposant fermement à la reconduction du contrat Polimed à l’hôpital de Mbour, jugé «opaque et contraire aux principes de souveraineté sanitaire».

Une lueur d’espoir, mais une vigilance accrue

Malgré la colère, la Jonction des luttes a salué deux avancées récentes : l’adoption en Conseil des ministres du projet de décret pour les Tss, la signature du décret n°2606 du 7 janvier 2026 sur l’indemnité de logement. Cependant, les syndicalistes avertissent : ces avancées ne sont que des étapes. Ils tiennent le gouvernement pour «entièrement responsable» de toute dégradation future de l’offre de soins. La mobilisation reste le mot d’ordre jusqu’à l’application effective et totale des engagements pris.

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