A l’approche de la 69e édition du Gamou annuel de Serigne Mouhamadou Moustapha Ndiéguène, prévue le 10 janvier 2026 à Thiès, les préparatifs s’intensifient. Au-delà de l’organisation matérielle, la famille de Keur Mame Al-Hadji lance un cri du cœur pour une restauration urgente des vertus prophétiques dans une société en quête de repères.
Par Cheikh CAMARA – Le Comité départemental de développement (Cdd), réuni ce mardi 6 janvier sous la présidence du Préfet de Thiès, a scellé les derniers réglages logistiques pour le Gamou de Serigne Mouhamadou Moustapha Ndiéguène, dit «Boroom Dalling Koor». Si les autorités se disent prêtes à relever les défis de la sécurité, de l’assainissement et de la santé, le message de fond porté par la famille Ndiéguène dépasse largement le cadre organisationnel.
Une logistique sous haute surveillance
Serigne Sidy Muhammad Ndiéguène, président de la commission d’organisation, et Serigne Abdou Sarr, coordonnateur du gamou, sont sortis satisfaits des échanges avec l’Administration. Des «mesures exceptionnelles» ont été annoncées pour garantir le confort des milliers de pèlerins attendus. Eau, électricité, voirie et dispositifs sanitaires ont été passés au peigne fin pour assurer une fluidité totale à l’événement.
Le diagnostic d’un monde en crise
Sous le thème «L’Islam face aux défis contemporains», cette 69e édition se veut une tribune de réflexion sur l’état de la moralité publique. La famille de Keur Mame Al-Hadji dresse un constat sans concession : l’humanité traverse une crise profonde de l’être.
«L’heure est à l’inquiétude et à l’expectative. Le monde actuel ne va pas bien. On assiste à une érosion systématique des socles qui maintenaient la cohésion sociale», souligne le porte-parole de la famille.
L’ombre des réseaux sociaux : entre dérive et désolation
Le point d’orgue de l’intervention de la famille religieuse concerne l’usage des nouvelles technologies. Si le numérique est un outil de progrès, il est devenu, selon Keur Mame Al-Hadji, le «support maléfique» d’une déconstruction sociale. Les voiles de la discrétion, jadis sacrés, sont désormais levés pour exposer la vie privée. Alors que les autorités étatiques et religieuses sont la cible d’attaques virulentes, souvent menées avec une «désinvolture épouvantable». Sans oublier l’apologie du mensonge. Car, le faux est devenu la norme, et les «anti-modèles» occupent le devant de la scène médiatique, éclipsant les valeurs de l’islam et du Prophète Muhammad (Psl).
Un plaidoyer pour l’éducation de base
Face à ce qu’elle qualifie de «déficit d’adeptes» pour les causes nobles au profit des distractions futiles, la famille Ndiéguène appelle à un retour aux sources : la cellule familiale.
Pour les dignitaires de Thiès, la solution ne viendra pas uniquement des lois, mais de l’éducation de base. Les parents sont appelés à une vigilance accrue, car c’est dans le foyer que se forge le citoyen de demain. Restaurer les valeurs muhammadiennes n’est plus seulement un choix spirituel, mais une «obligation morale» pour la survie d’une société paisible.
Qui était Serigne Mouhamadou Moustapha Ndiéguène ?
Surnommé affectueusement «Boroom Dalling Koor», Serigne Mouhamadou Moustapha Ndiéguène (1900-1976) fut une figure centrale de l’islam et de la confrérie tidiane au Sénégal. Fils aîné du vénéré Mame Al-Hadji Barro Ndiéguène, le fondateur du quartier religieux de Keur Mame El Hadji à Thiès, il a succédé à son père pour consolider un héritage fondé sur la piété, l’enseignement du Coran et la paix sociale.
Erudit de renommée, il s’est distingué par son ascétisme, son humilité profonde et son engagement indéfectible pour l’éducation des masses. Sous son califat, Keur Mame Al-Hadji est devenu un sanctuaire de savoir et un centre de médiation sociale incontournable. Son héritage spirituel, perpétué aujourd’hui par la 69e édition de son Gamou, continue d’irriguer la ville de Thiès d’un souffle de sagesse et de rectitude, faisant de lui un repère moral pour les fidèles face aux mutations du monde moderne.
cheikh.camara@lequotidien.sn

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