Face aux défis de l’étalement urbain et du droit coutumier, comment repenser le cadre de vie au Sénégal ? Lors d’une récente tribune, Ibrahima Diop, cadre, a plaidé pour une réorganisation territoriale courageuse et concertée, capable d’offrir des infrastructures modernes sans heurter les réalités sociologiques locales.
Par Cheikh CAMARA – Est-il possible de repenser l’aménagement du territoire pour favoriser une urbanisation viable et durable ? La question a été au centre des débats lors d’une rencontre qui a servi de tribune à Ibrahima Diop, cadre supérieur à la Gco et chef du département Réinstallation et développement communautaire, pour revenir sur plusieurs mesures incontournables.
M. Diop a d’abord rappelé que le Sénégal reste un pays à forte empreinte rurale, où chaque mètre carré relève d’une propriété, souvent régie par le droit coutumier, avec des villages et hameaux éparpillés dans l’arrière-pays. Quant aux rares centres urbains, leurs lotissements sont le plus souvent inexistants ou mal conçus. Ils négligent tant les facteurs naturels (gestion de l’eau, topographie, érosion, aléas climatiques ou séismes) que les infrastructures de base (éducation, santé, voirie, réseaux d’eau, d’électricité et de téléphonie) et les dynamiques démographiques (exode rural et migrations).
Dès lors que chaque citoyen a le droit de bénéficier des investissements publics pour satisfaire ses besoins primaires et accéder au bien-être, il y a urgence à trouver des solutions pérennes. «Pour y parvenir, il faudra du courage, de la rigueur et de l’audace, mais aussi du compromis, de l’inclusivité et de la transparence, afin de ne pas heurter les us et coutumes des populations», a souligné Ibrahima Diop.
Parmi les leviers indispensables, l’expert évoque le regroupement concerté des villages et hameaux au sein de zones d’habitation consensuelles. Ce redécoupage territorial, fondé sur les réalités sociologiques et historiques, faciliterait l’implantation d’écoles, de postes de santé et d’axes routiers. Une mutation «tout à fait réalisable, le modèle existant déjà», selon lui.
L’acteur du développement communautaire insiste également sur la viabilisation préalable de tout site avant toute attribution parcellaire. Il préconise de fixer une superficie minimale de 300 m² par parcelle pour s’adapter à la taille des familles locales. Sur le plan environnemental, il propose de réorienter les eaux usées traitées vers l’irrigation agricole, l’élevage ou les espaces verts, plutôt que de les rejeter en mer ou dans les centres urbains -une pratique qui alimente la hausse des nappes phréatiques, génère des inondations et menace la sécurité des personnes.
Selon M. Diop, ce défi technique peut être relevé en concevant des réseaux de drainage inversés, inspirés des conduites qui acheminent l’eau potable depuis les forages de l’intérieur du pays ou le Lac de Guiers. Il préconise en outre l’établissement de plans d’urbanisme concertés, co-validés par l’ensemble des secteurs concernés (santé, transports, énergie, économie, environnement).
Enfin, M. Diop suggère la création de pôles socio-économiques intégrés grâce à la fusion de grands ensembles territoriaux appuyés sur leurs spécificités locales, où seraient installés de grands centres de formation aux métiers pratiques. Il plaide par ailleurs pour l’instauration d’un service militaro-civique obligatoire d’au moins trois mois pour les jeunes âgés de 16 à 25 ans.
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