Réunies en conclave à Thiès, les organisations paysannes tirent la sonnette d’alarme. Entre avancée du béton, salinisation des terres et dérèglement climatique, le «poumon vert» du Sénégal est à bout de souffle. Les acteurs de la base appellent à une transition agroécologique immédiate pour sauver ce pilier de l’économie nationale.
Par Cheikh CAMARA – Le constat est sans appel : les Niayes se meurent. Lors d’un atelier zonal de consultation pour l’élaboration de la stratégie paysanne d’agroécologie et d’agriculture biologique, les leaders paysans, femmes et jeunes ont lancé un appel vibrant à la mobilisation nationale. Sous le thème : «Pour une résilience des Niayes face à l’urgence climatique : La voix des producteurs», les débats ont mis en lumière une zone en état de siège.
Un climat imprévisible et une nature sous pression
Ibrahima Seck, coordonnateur de la Fédération nationale pour l’agriculture biologique (Fenab), ne mâche pas ses mots : «Le changement climatique n’est plus une menace lointaine, c’est une réalité subie au quotidien.» Les producteurs notent avec amertume, trois ruptures majeures : le dérèglement des cycles culturaux et l’imprévisibilité des pluies rendent les calendriers de semis caducs, le stress thermique, avec la hausse des températures, impacte la santé du bétail et brûle les cultures fragiles et enfin l’épuisement hydrique. Ce qui provoque la raréfaction de l’eau douce, moteur vital du maraîchage, mettant en péril tout le système de vie de la zone.
Les Niayes : un géant économique aux pieds d’argile
Il est crucial de rappeler que la zone des Niayes n’est pas qu’un simple terroir. C’est le cœur nourricier du Sénégal, fournissant environ 60% de la production horticole nationale. Elle contribue massivement au Pib agricole et fait vivre des milliers de familles. Pourtant, ce patrimoine subit une dégradation multi-factorielle : l’étau foncier provoqué par l’urbanisation galopante grignote les terres arables, la pollution des nappes accentuant l’abaissement du niveau de l’eau favorise l’intrusion saline, rendant l’irrigation coûteuse et nocive pour les sols. Sans oublier l’érosion et la perte de fertilité : sans apport organique suffisant et face à l’érosion éolienne, les rendements s’effondrent. Il faut y ajouter la dépendance chimique due à l’usage intensif d’intrants importés fragilise la résilience financière des petites exploitations face aux chocs extérieurs.
L’agroécologie comme bouclier
Face à ce sombre tableau, les organisations paysannes voient en la transition agroécologique la seule issue viable. Elles saluent l’inscription du développement durable dans la nouvelle Stratégie nationale de développement (Snd 2025-2029), particulièrement son axe sur l’aménagement durable. Pour les producteurs, l’agroécologie permet de restaurer les services écosystémiques, de garantir la souveraineté alimentaire et de protéger la biodiversité tout en créant des emplois pour les jeunes et les femmes.
Les doléances : un plan d’action pour l’Etat
Pour transformer ce cri de détresse en action concrète, les acteurs de la base formulent des exigences précises envers les pouvoirs publics, notamment la sanctuarisation foncière : déclarer officiellement les Niayes comme Zone à vocation agricole exclusive (Zvae) pour stopper l’avancée du béton. Pour la gestion de l’eau, les producteurs demandent l’affectation d’un quota spécifique pour le maraîchage afin de réguler strictement l’exploitation minière qui assèche les nappes, la facilitation de l’accès au Fonds vert pour le Climat afin de moderniser les exploitations de manière durable. Pour assurer une protection des micro-écosystèmes, ils exigent l’élaboration d’une politique de préservation des cuvettes et des zones humides intérieures.
L’engagement des organisations (Cncr et autres)
Les organisations paysannes ne se contentent pas de demander ; elles s’engagent à assurer une veille citoyenne sur les ressources naturelles, piloter la transformation des exploitations vers des modèles diversifiés et durables, influencer la Stratégie nationale pour que la voix de la base soit réellement intégrée dans les politiques publiques.
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