De l’intimité du Centre culturel Blaise Senghor aux projecteurs du Parlement du rire, Mamadou Wandianga, dit Willy, s’est imposé comme une figure incontournable de la scène culturelle sénégalaise. Evoluant avec la même aisance entre l’engagement du théâtre contemporain, les plateaux de séries à succès et le stand-up, le cofondateur de la compagnie Rescap’Art retrace un parcours jalonné de distinctions internationales et plaide pour un meilleur accompagnement d’un secteur en pleine effervescence.

Par Amadou MBODJI – Comédien de théâtre rigoureux, visage familier du petit écran et humoriste accompli, Mamadou Wandianga, alias Willy, incarne une nouvelle génération d’artistes sénégalais polyvalents. Formé au Centre culturel Blaise Senghor, le cofondateur de la compagnie Rescap’Art navigue avec le même engagement entre planches et caméras, porté par l’ambition de faire rayonner la culture sénégalaise au-delà des frontières, malgré les défis structurels du secteur.

Pour Mamadou Wandianga, plus connu sous le pseudonyme de Willy, le théâtre est bien plus qu’une passion : c’est un mode de vie. Son histoire avec les arts de la scène s’accélère en 2017 lorsqu’il intègre l’Académie de théâtre Macodou Mbengue, au Centre culturel Blaise Senghor de Dakar, pour y suivre une formation rigoureuse de deux ans.

«J’ai débuté avec l’Académie Macodou Mbengue en 2017. Après notre formation, nous avons créé notre propre structure : la compagnie Rescap’Art (Les Rescapés de l’Art)», se souvient-il. Très vite, la jeune troupe se distingue à l’échelle continentale. Dès 2018, Rescap’Art participe aux prestigieuses Journées théâtrales de Carthage (Jtc) en Tunisie et décroche le Prix de la diversité culturelle. Une consécration historique. «C’était la première fois qu’une compagnie d’Afri­que noire remportait ce prix», confie l’acteur avec fierté. L’année suivante, son talent individuel est également couronné puisqu’il est sacré meilleur comédien lors d’une distinction artistique.

Un visage incontournable du petit écran

Parallèlement aux planches, Mamadou Wandianga crève l’écran et multiplie les apparitions dans le paysage audiovisuel. Ce basculement lui permet d’élargir son registre et de conquérir le grand public à travers des séries à forte audience. Les téléspectateurs ont notamment pu le découvrir dans la saga panafricaine Wara (diffusée sur TV5 Monde), mais aussi dans Mbalanou Kiraye (Raf Prod), Mami Watta (Kèwoul), Bacary Taximan (Yama Prod) ou encore Tèkki Fii (Studio Sankara).

Face aux débats récurrents sur la qualité des productions locales, parfois accusées par certains observateurs de délaisser la mission éducative au profit du divertissement, l’artiste adopte une posture mesurée : «C’est un choix. Je crois que chacun réalise des téléfilms pour que l’on puisse en tirer des leçons de vie, et je respecte cela.»

Pour lui, le véritable nœud du problème se situe ailleurs, notamment dans le manque d’accompagnement structurel du secteur. Si le génie créateur est au rendez-vous, le modèle économique, lui, bat de l’aile. «Il faut davantage de formations, d’investissements dans la production et surtout un véritable encadrement. Les comédiens sénégalais sont des génies, ils font des merveilles, mais malheureusement, la diffusion reste un problème majeur», déplore-t-il.

Du théâtre engagé au «Parlement du rire»

Avec Rescap’Art, Willy Wandianga a façonné un répertoire théâtral dense et engagé. Des pièces telles que La Vie et la Mort, Bercail, De A à Z, Médecin après la mort, Le Théâtre ou Le Fou furieux interpellent la société sur des thématiques cruciales, à l’instar de la préservation des valeurs africaines ou du drame de l’immigration clandestine, un sujet qui traverse son œuvre comme un fil rouge.

Mais l’artiste refuse de s’enfermer dans un seul genre. C’est ainsi qu’il pousse, avec le même succès, les portes de l’humour et du seul-en-scène. Initié aux côtés de Kader Pichinico, il se fait remarquer en atteignant la finale du concours «Faites-nous rire». Sa collaboration avec Aba Show lui ouvre ensuite les portes des scènes dakaroises, prélude à une tournée nationale qui le mènera dans plusieurs régions du Sénégal.

Affûtant ses propres one-man-shows, le stand-upper s’exporte avec brio au Bénin et en Tunisie, où ses prestations lui valent les prix de «meilleur spectacle» et de «meilleur humoriste». Consécration de cette trajectoire d’humoriste : sa participation remarquée au Parlement du rire, l’émission de référence du stand-up africain, ainsi que deux spectacles mémorables présentés à l’Institut français de Dakar.

Aujourd’hui, l’horizon s’élargit pour l’enfant de Blaise Senghor. Avec la compagnie Rescap’Art, Mamadou Wan­dianga prépare activement une nouvelle tournée nationale et internationale. Une manière de continuer à faire voyager ses créations et de porter haut les couleurs d’un théâtre sénégalais en pleine mutation.

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