Réuni en atelier de partage ce jeudi à Dakar, l’Etat du Sénégal a officiellement présenté la Politique nationale de gouvernance des frontières (Pngf). Ce nouvel outil stratégique, doté d’un budget de 200 milliards de francs Cfa, vise à transformer les zones frontalières en pôles de sécurité et de prospérité à l’horizon 2034.
Par Justin GOMIS – Le Sénégal franchit une étape historique dans la gestion de son territoire. Sous l’impulsion de la Commission nationale de gestion des frontières, le pays s’est doté d’un cadre de référence inédit : la Politique nationale de gouvernance des frontières (Pngf). Présenté par le Général de division Cheikhou Mouhamadou Lamine Boucounta Camara, ce document est le fruit d’un vaste diagnostic visant à harmoniser le développement des zones périphériques, souvent délaissées. Il est aligné sur les standards africains. En adoptant cette politique, le Sénégal rejoint le cercle restreint des nations visionnaires du continent. «Le Sénégal devient ainsi le sixième pays de l’Union africaine à se doter d’une Pngf», a souligné le Général Camara. Cet alignement renforce le respect du principe d’intangibilité des frontières et s’appuie sur la Convention de Niamey, ratifiée par Dakar en septembre 2024.
Six axes pour une vision à dix ans
La Pngf ne se contente pas de tracer des lignes sur une carte. Elle s’articule autour de six axes stratégiques dont quatre sont jugés prioritaires : la délimitation et la démarcation des frontières pour prévenir les contentieux ; la sécurité nationale pour faire face aux menaces transfrontalières ; la coopération transfrontalière pour favoriser l’intégration régionale ; et l’équipement et le développement des zones frontalières. L’objectif est clair : d’ici 2034, ces espaces ne doivent plus être perçus comme des barrières, mais comme des passerelles sécurisées et prospères, pleinement intégrées à l’économie nationale et ouest-africaine.
Un investissement massif de 200 milliards F Cfa
La mise en œuvre de cette ambition se fera en deux phases (2025-2029 et 2030-2034). Pour financer le plan d’actions estimé à 200 milliards de francs Cfa, l’Etat compte sur ses ressources internes, via les programmes d’équité territoriale, mais bénéficie déjà d’un soutien international massif.
Le Général Camara a notamment révélé que la Banque mondiale appuiera le développement de la vallée du fleuve Sénégal à hauteur de 411 milliards de francs Cfa. D’autres partenaires tels que l’Union européenne, la Coopération allemande (7 milliards pour la résilience aux frontières du Mali et de la Guinée) et le Pnud sont déjà mobilisés pour transformer ces orientations en réalités concrètes.
Le défi de l’exécution
Pour garantir que chaque franc investi bénéficie réellement aux populations locales, un dispositif rigoureux de suivi-évaluation a été instauré. Selon le président de la commission, cette rigueur est indispensable pour assurer une répartition équitable des investissements et corriger les disparités territoriales. Avec la Pngf, le Sénégal ne se contente plus de surveiller ses frontières ; il se donne les moyens de les faire vivre.
justin@lequotidien.sn

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