Le Premier ministre a évoqué les biens culturels africains détenus à l’étranger. Il a parlé de «biens volés». «Il faut l’appeler ainsi», a-t-il dit lors de l’ouverture de la 18ᵉ Foire internationale du livre et du matériel didactique (Fildak)
Par Malick GAYE – Le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lô a employé, jeudi 15 octobre à Dakar, l’expression «biens volés» à propos des biens culturels africains détenus hors du continent. Il s’exprimait à l’ouverture de la 18ᵉ Foire internationale du livre et du matériel didactique (Fildak). «Pour ce qui concerne les biens culturels qui nous ont été spoliés, l’Etat du Sénégal se donnera les moyens, aux côtés des Etats africains, pour que la bibliothèque et la mémoire reviennent chez nous», a-t-il déclaré.
Il a ensuite insisté sur les termes. «Ce n’est pas du tout une faveur qu’on nous fait quand on nous rend des biens volés, et il faut l’appeler ainsi», a-t-il affirmé. Le chef du gouvernement venait d’évoquer la part des archives sénégalaises conservée à l’étranger. «Un pan entier de nos écrits, de notre histoire, doit être cherché ailleurs», a-t-il dit, en citant la Bibliothèque nationale de France. C’est auprès d’elle qu’il a dû se documenter sur la bataille de Nguidjilone, livrée en 1858 ou 1859. La tradition orale, a-t-il ajouté, conserve des récits que ces sources ne contiennent pas. «Entre le chasseur et le lion, le chasseur racontera toujours la bataille à sa manière», a-t-il indiqué. «Ce sont ces histoires-là qui nous manquent.»
Lors de ses visites dans les premiers ministères de la région, lorsqu’il était Secrétaire général du gouvernement, il avait constaté que les documents conservés les plus anciens remontent à la seconde moitié du XIXᵉ siècle. «Est-ce que notre histoire a démarré au XIXᵉ siècle ? Qu’est-ce que nous pouvons enseigner au monde de tout ce que nous avons créé comme histoire ? C’est un défi», a-t-il déclaré. «Il est inadmissible que notre histoire ne puisse pas être disponible et portée par nous-mêmes», a poursuivi le Premier ministre.
Il a invité les chercheurs et les sociologues à se rapprocher de l’Etat «pour qu’on écrive notre histoire et que notre tradition orale soit sauvegardée». Ce défi, a-t-il dit, «dépasse un cadre restreint». «La souveraineté ne se proclame pas. Il faut la vivre», a-t-il affirmé. Le gouvernement, a-t-il assuré, «accélérera la mise en œuvre des engagements pris».
mgaye@lequotidien.sn

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