Pour passer à une nouvelle génération d’Aires marines protégées (Amp) dites «offshores profondes», le Sénégal mise sur la science, la concertation et la synergie d’actions entre acteurs de la mer. Réunis depuis hier à Saly dans un atelier de co-construction soutenu par Global Fishing Watch, experts, scientifiques et Forces de défense et de sécurité ont posé les jalons de la collecte de données nécessaires au classement de sites marins stratégiques.

Par Alioune Badara CISS (Correspondant) – Le Sénégal amorce un tournant stratégique dans la préservation de sa biodiversité marine. Après les Aires marines protégées (Amp) de première génération impulsées directement par les initiatives communautaires locales, la Direction des aires marines communautaires protégées (Damcp) vise désormais le large. La création d’Amp offshores en haute mer et en milieu profond exige toutefois une rigueur scientifique renforcée pour justifier et réussir leur classement officiel.

Trois sites prioritaires sont au cœur de cette démarche ambitieuse : la fosse de Dakar, le canyon de Kayar et les monts sous-marins. Pour mener à bien ce processus, la mobilisation d’informations précises s’avère indispensable. Ces données couvrent à la fois les aspects biologiques (espèces rencontrées, fréquences d’apparition) et socio-économiques, notamment l’intensité de la pêche artisanale et les flux du trafic maritime.

S’exprimant lors de la rencontre, le Colonel Paul Moïse Diédhiou, conseiller du directeur des Aires marines communautaires protégées, a rappelé la spécificité des enjeux liés à la haute mer. «Aujourd’hui, pour les Amp de la troisième génération, nous avons besoin de données scientifiques qui nous permettent de faire un fort plaidoyer et de désigner ces aires protégées. Mais pour aller aujourd’hui en mer profonde, il faut savoir que la présence sur le terrain doit être déroulée», a-t-il précisé.

Face à la complexité des interventions au large et dans les zones sous juridiction internationale ou à fort enjeu de souveraineté numérique, l’institution ne peut agir de manière isolée. L’implication des partenaires techniques et financiers, des Forces de défense (Marine nationale, gendarmerie, Police des frontières) et des structures étatiques intervenant en mer est essentielle pour bâtir un cadre de gouvernance solide et pérenne. «L’adhésion de la Direction des aires marines communautaires protégées ne doit pas aller seule. Elle doit aller avec toutes les structures qui ont l’action de l’Etat en mer. Nos attentes aujourd’hui, c’est effectivement sur le plan de la gouvernance, mais aussi sur la collaboration et la mise en synergie», souligne M. Diédhiou.

Protéger la ressource sans léser la pêche artisanale

L’un des fils conducteurs de cette concertation reste la protection des moyens de subsistance des communautés littorales. La pêche artisanale constituant le véritable poumon économique du pays, les décideurs veillent à ce que le classement de ces zones profondes se fasse dans un esprit d’inclusion et de consensus. «La pêche artisanale est extrêmement importante. Elle est exercée par les communautés locales. C’est une pêche que nous devons promouvoir, encadrer, mais aussi faire en sorte que tout ce que nous allons faire dans ce sens-là, nous puissions le dérouler de manière consensuelle», soutient le conseiller du Damcp.

En combinant surveillance, recherche scientifique et concertation multi-acteurs grâce à l’appui d’organisations comme Global Fishing Watch, le Sénégal entend garantir une exploitation durable de ses ressources halieutiques tout en préservant son patrimoine marin profond pour les générations futures. «Si nous ne classons pas ces zones en Amp, tout le monde va y perdre. C’est un travail de concertation. C’est pour cela qu’aujourd’hui toutes les parties est là, pour une implication effective», indique le Colonel.

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