A l’heure où les circuits financiers se complexifient, le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent (Giaba) a organisé hier un séminaire de sensibilisation à l’endroit des journalistes. Cette initiative vise à sceller un partenariat stratégique pour transformer les médias en véritables remparts contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Le combat contre la criminalité financière ne peut plus être l’apanage des seules institutions spécialisées. C’est le message fort délivré hier, lors de l’ouverture d’un séminaire national de sensibilisation des médias sur la Lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (Lbc/Ft), organisé par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent (Giaba). Cette rencontre s’inscrit dans une volonté régionale de renforcer l’intégrité de l’espace public ouest-africain dont les médias sont des acteurs centraux de la prévention.
Timothy Melaye, responsable de la communication et du plaidoyer par intérim du Giaba, a salué les avancées significatives du Sénégal. La sortie du pays de la «liste grise» (processus de suivi renforcé du Gafi) est perçue comme un signal fort de la volonté politique des autorités sénégalaises. Toutefois, le tableau reste complexe à l’échelle continentale. M. Melaye a rappelé que l’évasion fiscale en Afrique est estimée à 88 milliards de dollars. Entre la prépondérance du secteur informel et la sophistication croissante des mécanismes de fraude, les défis demeurent immenses. Pour y faire face, le Giaba mise sur la structuration d’un réseau régional de journalistes spécialisés, capables de décrypter les vingt-et-une infractions liées à la Lbc/Ft.
Pour Alioune Niokhor Diouf, directeur des Affaires juridiques de la Centif, la place des médias est «tout à fait centrale». Au-delà de la simple diffusion d’informations, les journalistes ont pour mission de façonner la perception collective des risques. «Informer de manière exacte, rigoureuse et responsable sur ces questions, c’est déjà contribuer à la prévention», a souligné M. Diouf. Il a insisté sur le fait que le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme sont des menaces concrètes qui «fragilisent l’Etat de Droit, faussent la concurrence et nourrissent la corruption».
Vers un partenariat de confiance
L’enjeu de ce séminaire est de jeter les bases d’une collaboration durable. Le partenariat souhaité repose sur une complémentarité des rôles : même si les institutions (Centif/Giaba) ont le devoir d’agir, de coopérer et de préserver la confidentialité des procédures, les médias ont la responsabilité d’informer avec professionnalisme, discernement et sens de l’intérêt général. «Ces deux exigences ne s’opposent pas ; elles se complètent pour la crédibilité de l’action publique», a résumé Alioune Niokhor Diouf.
Cette journée a validé aussi la création d’un réseau de journalistes Lbc/Ft, une étape cruciale pour assurer que la lutte contre l’argent sale devienne une priorité éditoriale permanente au service du développement et de la sécurité nationale.
bsakho@lequotidien.sn

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