Alors que le gouvernement multiplie les initiatives pour encourager l’écoulement de la production rizicole nationale, le Réseau des usagers des services publics (Rusp) tape du poing sur la table. Dans une déclaration officielle publiée ce 9 juillet, l’organisation déplore l’exclusion systématique des consommateurs des tables de concertations et prévient : sans approche participative, le Consommer local restera un vœu pieux.
La quête de souveraineté alimentaire au Sénégal subit un sérieux coup de canif dans son processus démocratique. Le Réseau des usagers des services publics (Rusp) a vivement réagi au récent communiqué du ministère de l’Industrie et du commerce fixant les mesures de soutien à l’écoulement du riz local. Si l’organisation salue la volonté politique de dynamiser la filière nationale, elle dénonce avec vigueur la méthode employée, qualifiée d’exclusive et d’incomplète. Le constat dressé par le Bureau exécutif du Rusp est sans appel : les négociations et les arbitrages ont été menés en vase clos. L’Etat s’est entretenu de manière exclusive avec les producteurs, les commerçants et les opérateurs économiques. A cette table stratégique, une chaise est restée désespérément vide : celle du consommateur sénégalais, pourtant premier concerné au bout de la chaîne.
Pour le Rusp, cette mise à l’écart est une erreur fondamentale de stratégie publique. Le réseau rappelle avec insistance que les usagers ne sauraient être réduits à de «simples destinataires» de décrets et de décisions unilatérales déjà arrêtées dans les bureaux ministériels. «Les consommateurs sont des acteurs essentiels de la chaîne de valeur et des partenaires incontournables de toute politique de promotion du Consommer local», martèle l’organisation.
L’argumentaire est avant tout pragmatique. Le patriotisme économique ne se décrète pas à coups d’injonctions administratives ou de spots publicitaires. Pour que le citoyen choisisse le riz local plutôt que le riz importé, l’offre doit répondre à des critères précis qui n’ont pas pu être négociés en l’absence des principaux acheteurs.
Pour bâtir une adhésion durable, le Rusp met sur la table cinq priorités cruciales que l’administration et les producteurs ne peuvent plus ignorer : la disponibilité permanente du riz local sur l’ensemble du territoire national pour éviter les ruptures ; la qualité, la présentation et le conditionnement du produit, afin de séduire l’acheteur ; des prix accessibles et compétitifs face à la concurrence étrangère ; une totale transparence sur l’origine et les normes de qualité appliquées, et la mise en place de réels mécanismes de protection des droits des consommateurs.
Face à ce qu’il qualifie de dysfonctionnement démocratique, le Secrétaire général du Rusp, Ibrahima Guèye, formule des exigences claires envers les pouvoirs publics. L’organisation réclame l’ouverture immédiate d’un cadre de dialogue élargi et inclusif, associant l’Etat, les producteurs, les intermédiaires économiques et les structures représentatives des consommateurs.
Réaffirmant sa pleine disponibilité à collaborer pour trouver des équilibres économiques justes, le Rusp exhorte les autorités sénégalaises à ériger la participation citoyenne en principe directeur de toute politique publique d’envergure. La réussite de la souveraineté alimentaire nationale est à ce prix : faire passer le consommateur d’un simple spectateur passif à un allié engagé pour la production de son pays.

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