Le silence prolongé du président de la République par rapport à la candidature de son prédécesseur à l’Onu, risque de nuire à la longue au prestige diplomatique du pays.
La candidature de Macky Sall à la succession du Portugais Antonio Guterres anime fortement les débats au Sénégal, tout en mettant la classe politique en émoi. Dès le départ, quand il a été évident que l’ancien Président nourrissait l’intention de se présenter, l’opinion nationale s’est emballée. Les premiers à embrayer sur la question ont été les personnes attachées au parti Pastef au pouvoir. Pour celles-là, il n’était même pas concevable que Macky Sall puisse se présenter au monde et briguer une responsabilité quelconque.
On a ainsi vu l’ancienne Première ministre Aminata Touré, qui a été relayée par celle qui fut ministre des Affaires étrangères, avant de prendre en charge le ministère de la Justice, Mme Yassine Fall, se mettre en tête du combat pour empêcher que cette candidature puisse prospérer. Les deux excipaient comme causes de rejet de la candidature de Macky, les thèmes habituels du discours des partisans de Sonko, à savoir, pêle-mêle, «les 86 morts, les milliers de prisonniers politiques, les détournements de deniers publics, la dette cachée…». Notre ancienne ministre des Affaires étrangères, forte de sa «longue expérience» et des «responsabilités exercées au plus haut niveau» du Système des Nations unies, avait décrété que Macky Sall ne pouvait remplir les critères pour ces fonctions. Elle allait même jusqu’à donner rendez-vous au monde à la publication de la liste des candidats.
Tout cela est devenu superfétatoire, devant le silence assourdissant des plus hautes autorités du pays. On se rappelle l’esquive du Premier ministre Sonko à Addis-Abeba, lorsque cette question s’est posée et que sa seule réponse a été de déclarer n’avoir pas reçu mandat de son Président de patron ! Et cerise sur le gâteau, ledit patron avait organisé son injoignabilité devant ses pairs africains. L’affaire commençait à tourner au ridicule pour la diplomatie sénégalaise.
Pour un pays dont les ressortissants sont habitués à occuper les fonctions les plus prestigieuses, voir notre ancien chef de l’Etat devoir faire porter sa candidature par le Burundi ne nous grandit pas. Et on doit dire que le duo à la tête de l’Etat ne nous rend pas service dans cette affaire.
Combien de fois n’a-t-on vu, à travers le monde, des dirigeants parrainer leurs compatriotes à des postes à l’international, même quand ces derniers étaient des opposants à leur pouvoir ? C’est souvent du prestige d’un pays qu’il s’agit, que de voir un compatriote occuper un poste à l’international. Et ce prestige, dans notre cas, transcende les frontières du pays.
Ahmadou Makhtar Mbow, premier Africain directeur de l’Unesco, ne faisait pas que la fierté de son pays, mais de tout le continent. De même que Jacques Diouf à la Fao ou le président Lamine Diack à l’Iaaf ne suscitaient pas que l’envie des Africains, mais du monde entier. Ils ont été ambassadeurs du Sénégal et porte-drapeaux de tout le continent vis-à-vis de l’extérieur. Pour Macky Sall, il devrait en être de même. Si le Président Bassirou Diomaye Faye tarde à accorder son onction à une candidature qui n’est plus de son ressort, il lui serait difficile de pouvoir, demain, revendiquer une part de son triomphe. Et au-delà du Sénégal, ce sera lui et son camp qui seront les plus grands perdants dans cette consécration.
D’autant plus que le Peuple sénégalais n’a pas pour habitude de régler ses contradictions en public. Pourquoi ne pas prendre exemple sur les Autrichiens ? En 1972, l’Autriche avait porté la candidature de Kurt Waldheim pour le poste de Secrétaire général des Nations unies, poste qu’il a exercé durant deux mandats, à la fierté de tous ses compatriotes. Il a fallu que ses fonctions à l’Onu se terminent pour voir M. Waldheim chercher à briguer le poste (honorifique) de Président de l’Autriche, pour qu’une bonne partie de ses compatriotes expriment leur indignation, rappelant le passé nazi du personnage. Au point que certains se sont posé la question de savoir si le poste de Sg des Nations unies était moins important que celui de Président de l’Autriche.
Nous aussi, pourrions renverser la question : serait-il plus prestigieux d’être Secrétaire général des Nations unies que président de la République du Sénégal ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas le dire une fois pour toutes ? Et si ce n’est pas le cas, pourquoi tout ce louvoiement ? A force de traîner avant de se prononcer officiellement, Diomaye prend le risque de perdre sur tous les tableaux.
mgueye@lequotidien.sn

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