A l’opposé du modèle industriel des multinationales, le mouvement Slow Food trace son sillon au Sénégal. A l’occasion du «Terra Madre Day», les acteurs de l’agroécologie se sont réunis au Clos Saint Joseph de Pout pour promouvoir une alimentation «bonne, propre et juste», tout en alertant sur les menaces environnementales qui pèsent sur les terres fertiles.

Par Justin GOMIS – Un rempart contre la «malbouffe» industrielle ? Si le «Fast Food», porté par des géants mondiaux, séduit une part croissante de la population par sa rapidité, ses conséquences sur la santé publique sont alarmantes. C’est pour contrer cette dérive qu’est né en Italie, le réseau Terra Madre. Ce mouvement mondial unit producteurs et consommateurs au sein de la philosophie Slow Food, militant pour un système alimentaire respectueux de la biodiversité et de l’humain.

Fidèle à cette dynamique, Slow Food Sénégal a célébré, ce samedi, une journée d’échange au Clos Saint Joseph de Pout. Sous le thème «Les fermes Slow Food : nourrir la terre et les communautés pour une souveraineté alimentaire durable», l’événement a mis en lumière les alternatives locales au modèle productiviste.

«La santé se trouve dans l’assiette»

Propriétaire du Clos Saint Joseph et hôte de l’événement pour la première fois, Marie Odile Boissy a rappelé l’urgence de valoriser nos savoir-faire locaux. Pour elle, manger est un acte politique et sanitaire : «Cette journée est une occasion de célébrer notre bien commun. Nous devons nous méfier des produits importés aux conséquences fâcheuses. Manger devient une responsabilité vitale que nous devons transmettre aux générations futures.»

Elle a adressé un plaidoyer vibrant aux femmes, «piliers des foyers», les exhortant à rejeter les produits chargés d’additifs, de colorants, de formol ou de pesticides, pour privilégier le panier du marché local, véritable «geste d’amour pour sa santé».

L’expertise nutritionnelle : la nourriture comme médicament

Ce cri du cœur est corroboré par les faits scientifiques. Cheikh Wade, nutritionniste et expert en diététique, a martelé un principe simple : «Nous devenons ce que nous mangeons.» Selon lui, l’explosion des maladies chroniques n’est pas une fatalité, mais le reflet de nos assiettes : le sucre mène au diabète, le sel conduit à l’hypertension et les pesticides dégradent durablement l’organisme. «L’alimentation joue un rôle à la fois préventif et curatif», explique-t-il, conseillant la diversification alimentaire et la consommation minimale de cinq fruits et légumes locaux par jour pour renforcer les défenses naturelles.

Terra Madre : plus qu’un événement, une identité

Pour Mohamed Philippe Zinga, coordonnateur de Slow Food Sénégal, le mouvement dépasse le simple cadre d’une manifestation annuelle. C’est un espace de résilience culturelle. «A travers les Marchés de la terre, nous ne faisons pas que de l’échange marchand. Nous valorisons nos jardins communautaires, nos céréales locales et notre identité alimentaire. C’est un outil de construction de la souveraineté alimentaire face aux crises mondiales.»

Un cri d’alarme : les carrières, le poison de la terre

Cependant, ce tableau d’une agriculture saine est assombri par une menace immédiate : l’activité extractiviste à Seune Sérère. Marie Odile Boissy dont la ferme est aujourd’hui encerclée par deux carrières, dénonce un désastre écologique. Pollution sonore, poussière étouffante, perte de fertilité des sols et défiguration du paysage : les carrières menacent directement la viabilité des exploitations agroécologiques. «Ces activités affaiblissent les bases mêmes de notre alimentation», déplore-t-elle, appelant les autorités étatiques à prendre des «décisions sages et éclairées» pour protéger ces poumons verts et soutenir les circuits courts.

justin@lequotidien.sn