Le ministère de l’Economie et du plan démontre que l’équilibre de l’économie du pays repose de plus en plus sur le dynamisme de nos exportations en hydrocarbures, qui dépasse même de loin les importations. Cela permet, à ce jour, de compenser plus que largement les faiblesses des autres secteurs économiques tels que le secondaire et le tertiaire. Seule l’agriculture parvient encore à tirer son épingle du jeu.

Ce n’est pas encore Dubaï ou le Qatar, mais le Sénégal pourrait en prendre le chemin s’il améliorait certains agrégats. Le document publié hier par le ministère de l’Economie, du plan et de la coopération, et portant sur les «Dévelop­pements économiques récents et les perspectives», souligne à quel point le Sénégal commence à devenir une économie essentiellement tournée vers les produits extractifs, et principalement vers les hydrocarbures. Au moment où les autres secteurs économiques ne sont pas en très bonne santé, les hydrocarbures permettent au pays de renverser sa balance commerciale, et de devenir excédentaire en termes d’exportations, par rapport à nos importations.

Le document indique que «les exportations de biens ont progressé de 52, 7%, principalement sous l’effet de la hausse des volumes exportés d’hydrocarbures. En parallèle, les importations n’ont augmenté que de 1, 6%, dans un contexte de baisse des prix internationaux des produits énergétiques et alimentaires. Cette évolution s’est traduite par une réduction du déficit commercial de 8, 5 points de Pib, ramené à -3, 7% du Pib en 2025 contre -12, 2% du Pib en 2024.» En conséquence, souligne le document, «le déficit du compte courant devrait ainsi s’améliorer pour atteindre 4, 1% du Pib, reflétant l’impact positif de la production pétrolière sur les équilibres extérieurs et la position de change de l’Union».

La bonne santé du secteur des hydrocarbures rejaillit aussi sur les autres secteurs, et même sur le secteur agricole dont les résultats auraient pu être plus performants. Néan­moins, le rapport du ministère de M. Abdourahmane Sarr souligne que pour 2025, «la croissance est estimée à 6, 7% par rapport à 6, 5% en 2024. Cette performance repose principalement sur la contribution du secteur secondaire, en particulier les activités extractives liées aux hydrocarbures, ainsi que sur la reprise du secteur primaire, notamment agricole, atténuée par la décélération de l’activité du tertiaire et des taxes nettes sur les produits». Mais dans la même lancée, le document ajoute : «L’activité économique hors agriculture et hydrocarbures demeure sur une trajectoire de décélération observée depuis 2017, avec une croissance estimée à 1, 6% en 2025 confirmant la persistance de fragilités structurelles dans les secteurs productifs traditionnels.» De même, l’investissement public est coincé par le niveau élevé du déficit de l’Etat, ce qui ne permet pas de relancer certains secteurs.

Il est évident que dans ces conditions, on ne peut pas espérer, pour bientôt, une transformation radicale de l’économie sénégalaise. Le déficit de financements publics, la forte taxation de l’activité, le recours au marché financier sous-régional, où l’Etat entre souvent en compétition avec son secteur privé, ne favorisent pas une reprise de l’activité économique. Les experts du ministère expliquent que les besoins de stabilisation de l’économie ont grandement joué sur une baisse de la consommation intérieure qui, à ce jour, pèse sur la relance, malgré l’amélioration de la balance commerciale.