A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la traite des personnes, célébrée ce 30 juillet à Keur Massar, la Cellule nationale de lutte contre la traite des personnes (Cnltp), en partenariat avec le Conseil départemental, a mis en garde contre les nouvelles formes d’exploitation facilitées par les technologies numériques. Les intervenants ont également insisté sur la nécessité d’agir contre la pauvreté et le chômage, considérés comme des facteurs majeurs de vulnérabilité.
Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – A Keur Massar, les autorités alertent sur les nouvelles arnaques numériques. La traite des personnes prend aujourd’hui un nouveau visage. Si les formes traditionnelles d’exploitation persistent, les réseaux criminels exploitent désormais les outils numériques, les réseaux sociaux et même l’Intelligence artificielle pour recruter, contrôler et exploiter leurs victimes.
C’est le principal message lancé jeudi à Keur Massar, lors de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre la traite des personnes. Secrétaire permanent de la Cellule nationale de lutte contre la traite des personnes (Cnltp), Mody Ndiaye a dressé un constat préoccupant de la situation sur le continent africain. «La situation globale en Afrique est catastrophique, au sens où il y a encore trop de victimes de traite des êtres humains dans tous nos pays», a-t-il déclaré. Placée cette année sous le thème «Piégés derrière l’arnaque», la journée met en lumière la mutation des méthodes utilisées par les trafiquants.
Selon Mody Ndiaye, les criminels se sont approprié les nouvelles technologies pour attirer leurs victimes à travers de fausses promesses d’emploi, de voyage ou encore de carrière sportive. Il a notamment cité l’exemple d’enfants aperçus dans les rues avec des codes Qr destinés à recevoir de l’argent. Pour lui, cette pratique révèle l’adaptation des réseaux criminels aux nouveaux moyens de paiement afin de poursuivre l’exploitation des mineurs. «Faire du sport est normal. Vouloir voyager est normal. Chercher un meilleur emploi est normal. Mais derrière tout cela, peut se cacher une arnaque», a-t-il averti, soulignant que les plateformes numériques, le darknet et l’Intelligence artificielle permettent désormais aux trafiquants d’agir dans l’anonymat avec des messages toujours plus convaincants.
Face à cette évolution, le responsable de la Cnltp a appelé chaque citoyen à faire preuve de vigilance et à signaler toute situation suspecte aux autorités compétentes. Selon lui, la sensibilisation des populations constitue l’une des principales armes pour prévenir ce phénomène.
Les collectivités appelées à jouer un rôle central
Président du Conseil départemental de Keur Massar, Babacar Gaye s’est félicité du choix porté sur son département pour accueillir cette édition de la Journée mondiale de lutte contre la traite des personnes. Il a salué la nouvelle approche consistant à associer davantage les collectivités territoriales à la lutte contre ce fléau. Selon lui, le Code général des collectivités territoriales leur confère d’importantes responsabilités en matière de proximité avec les populations, de prévention et de protection des personnes vulnérables.
Toutefois, Babacar Gaye estime que la lutte contre la traite des personnes ne pourra être efficace sans une réponse aux causes profondes du phénomène. Il a cité la pauvreté, le chômage, les conflits et l’oppression politique comme les principaux facteurs qui poussent de nombreuses personnes à tomber dans les pièges des trafiquants. Le président du Conseil départemental a ainsi lancé un appel aux partenaires techniques et financiers afin qu’ils accompagnent davantage les collectivités dans le financement de projets générateurs de revenus destinés aux populations les plus vulnérables. A ses yeux, offrir des opportunités économiques constitue l’un des moyens les plus efficaces pour réduire les risques de traite des personnes.
A travers cette célébration organisée à Keur Massar, les organisateurs ont voulu rappeler que la lutte contre la traite des personnes ne relève pas uniquement des services de sécurité ou de la Justice, mais qu’elle nécessite également l’implication des collectivités territoriales, des médias et de l’ensemble des citoyens.
latifmansaray@lequotidien.sn

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