La première édition du Bocuse d’or Sénégal s’est achevée en apothéose à Saly. Portée par une nouvelle garde de chefs talentueux et soutenue par une volonté politique forte, la gastronomie sénégalaise s’apprête à franchir une étape historique : représenter le pays lors des étapes continentales à Marrakech, sur la Croisette à Cannes, avec en ligne de mire la finale mondiale de Lyon en 2027.

Par Alioune Badara CISS – Le rideau est tombé sur une édition historique du Bocuse d’or à l’hôtel Palm Beach de Saly. Durant plusieurs jours, la compétition a révélé une génération de talents prêts à porter haut les couleurs nationales. Présent de l’ouverture à la clôture, le ministre de l’Agri­culture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage, Dr Mabouba Diagne, a salué cette vitalité : «C’est la jeunesse des gagnants qui a le plus cristallisé mon attention. Nous avons de belles années devant nous grâce à cette brillante relève.» Affichant une confiance totale envers l’Equipe nationale de cuisine, le ministre a lancé un défi de taille : «Vous avez les capacités d’aller chercher la Coupe du monde à Lyon.» Pour ce faire, il a promis un accompagnement sans faille de l’Etat, voyant dans la gastronomie un levier stratégique de souveraineté alimentaire.

Sous l’impulsion des «généraux» de la cuisine locale, les chefs Thiam et Diémé, l’événement a imposé les produits du terroir (fonio, céréales locales) dans des préparations de haute technicité. L’objectif est clair : transformer les habitudes alimentaires en rendant les plats locaux plus attractifs et modernes. Le ministre a d’ailleurs appelé à une «démocratisation de la haute gastronomie» pour contrer l’invasion du fast-food : «Il faudrait organiser un «Bocuse national» dans les 46 départements du pays pour que ce savoir-faire rayonne partout.»

Cap sur Marrakech, Cannes et Lyon

Sur les 16 candidats en lice, trois talents se sont distingués et représenteront le Sénégal lors de l’étape africaine à Marrakech : Chef Matar Thiam pour pâtisserie chocolat (hôtel Palm Beach), Chef Mbaye Mousse Diop pour pâtisserie sucre et Chef Victor Bassène Gassama pour la gastronomie. Outre la compétition, une annonce a fait sensation : les chefs sénégalais se rendront pour la première fois au Festival de Cannes. Sur la Croisette, ils proposeront un déjeuner gastronomique d’exception pour mettre en lumière la richesse des produits sénégalais devant un parterre international de prestige.

Malgré l’enthousiasme, les professionnels dénoncent un «plafond de verre» dans la formation actuelle, limitée au Bep. Pour retenir les talents et atteindre les standards internationaux, le grand projet issu de ce concours est la création d’une Académie culinaire. Arnaud Duterte, membre du jury et professeur à Lille, abonde dans ce sens : «Le niveau est très relevé, mais pour Lyon, il faudra monter encore plus haut. La clé, c’est l’école, l’école, l’école.» Un avis partagé par le Chef Bouba (Mama Shelter Paris), qui souligne l’importance de transformer les produits bruts en denrées à haute valeur ajoutée.

Le Bocuse d’or Sénégal n’est donc pas une fin, mais le point de départ d’une ambition globale : normaliser et protéger les plats nationaux pour qu’ils conquièrent définitivement les circuits hôteliers et touristiques mondiaux.

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