Précédée d’une vive controverse géopolitique liée à de présumés financements, la prestation d’Abate Berihun était le rendez-vous le plus attendu et le plus redouté du Festival international de jazz de Saint-Louis. Sur la Place Baya, l’artiste éthiopien et son Addis Ken Project ont balayé les tensions pour ne laisser place qu’à la magie des notes. Récit d’un concert thérapeutique.

Par Malick GAYE – Il était l’invité le plus commenté du festival, avant même d’avoir posé un pied sur scène. Abate Berihun et son Addis Ken Project ont clos le Festival international de jazz de Saint-Louis sur la Place Baya, avec une puissance qui a fait taire toutes les polémiques. La musique, implacable, a rendu son verdict.

Les jours précédant le con­cert de clôture, la rumeur avait enflé. Des voix s’étaient élevées pour dénoncer une prétendue implication de l’ambassade d’Israël dans le financement du festival, faisant planer sur la venue de Abate Berihun une om­bre politique. Dans un con­texte international chargé, la polémique avait trouvé un écho sensible auprès d’une partie du pu­blic sénégalais, prompt à ne pas dissocier l’art de la géopolitique.

Abate Berihun, lui, a choisi le silence des grands. Stoïque face aux controverses, l’artiste éthiopien n’a répondu à aucune provocation. Mieux : il a transformé cette pression en carburant. Sur scène, il n’y avait plus de polémique, plus d’ambassade, plus de géopolitique. Il y avait un homme, son groupe, et une musique venue des hauts plateaux d’Ethiopie pour conquérir les bords du fleuve Sénégal.

L’Addis Ken Project a résonné avec la force tranquille d’une tradition musicale éthiopienne qui n’a de comptes à rendre à personne. Les rythmes ancestraux, les harmonies envoûtantes, les cuivres chargés d’émotion : tout concourait à produire un spectacle d’une rare intensité. Le public de la Place Baya, venu parfois avec des réserves, est rapidement tombé sous l’emprise de la scène. Les corps ont suivi, les visages se sont détendus.

Il aurait été dommage de priver Saint-Louis d’un tel spectacle. Car au-delà de la performance musicale, Abate Beri­hun aura offert une leçon de dignité : celle de laisser l’art parler là où les mots divisent. La musique n’a pas de passeport. Elle n’a pas de visa. Elle traverse les frontières que les hommes dressent et celles que les polémiques fabriquent.

Le rideau est tombé sur ce festival sous les meilleurs auspices. Saint-Louis a encore prouvé qu’elle sait accueillir le monde sans perdre son âme. Quant à Abate Berihun, il a sublimé la pression. Jusqu’à la dernière note.

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