Entre rigueur millimétrée et ivresse des modes anciens, la pianiste et compositrice Leïla Olivesi a suspendu le temps au Festival de Jazz de Saint-Louis. Accompagnée de son quintet, elle a offert une fresque orientale d’une universalité rare, entrée en parfaite résonance avec l’esprit de la vieille ville.

C’est un voyage en Orient signé sur les bords du Fleuve. Il n’y avait aucun hasard dans les notes posées par Leïla Olivesi ce soir-là. Pianiste et compositrice d’une rigueur confondante, elle a dirigé son quintet avec l’autorité tranquille de celle qui sait exactement où elle emmène son public. Et ce soir-là, le voyage était lointain : une immersion en Orient, dans ces contrées sonores où les modes anciens côtoient les harmonies contemporaines du jazz.

Sérieuse, appliquée, habitée d’une précision d’orfèvre, la musicienne a dessiné un véritable tableau musical. Chaque morceau s’ouvrait comme une nouvelle toile où le public, silencieux et captivé, projetait ses propres images : des souks bruissants, des déserts suspendus, des palais de lumière. L’Orient de Leïla Olivesi n’a pourtant rien d’un décor de carte postale ; c’est une architecture sonore construite avec un soin jaloux, où chaque instrument du quintet tenait son rôle avec une précision millimétrique.

Le miroir des confluences

La force de cette performance tenait à un paradoxe fascinant : une musique profondément enracinée dans les traditions orientales qui, pourtant, ne fermaient aucune porte. Le jazz moderne y trouvait sa place, le classicisme européen aussi. Grâce à cette ouverture, chacun dans le public y entendait sa propre langue. C’est là la marque des grands artistes : toucher à l’universel sans jamais renier leur singularité.

En rendant une copie en tout point parfaite, Leïla Olivesi a offert à Saint-Louis un précieux moment de grâce. Pour la ville de toutes les confluences, ce concert ne pouvait rêver meilleur miroir.

Par M. GAYE-mgaye@lequotidien.sn