Malgré le gel des licences de pêche démersale côtière en vigueur depuis 2006, la ministre des Pêches a autorisé, à titre exceptionnel, l’exploitation de cinq nouveaux navires industriels. Réunie dimanche à Rufisque, la Coalition nationale pour une pêche durable (Conaped) a vivement dénoncé une décision «précipitée et écologiquement risquée», exigeant le retrait immédiat de l’arrêté.
Par Alioune Badara NDIAYE – Cinq navires industriels ont été autorisés à pêcher les démersaux côtiers en dépit du gel des licences en vigueur depuis 2006. Cette mesure, prise à «titre exceptionnel» par la ministre des Pêches et de l’économie maritime, indispose les membres de la Coalition nationale pour une pêche durable (Conaped). Réunis dimanche à Rufisque, ces acteurs ont déploré une décision inadéquate et lourde de conséquences, qui menace les efforts de durabilité des pêches au Sénégal. «Malgré les insuffisances historiques de la gouvernance des pêches, les régimes précédents avaient traité la question des licences démersales côtières avec prudence en maintenant le gel instauré depuis 2006. Aujourd’hui, le nouveau régime, porteur d’espoirs en matière de transparence, de rupture et de durabilité, pose un acte précipité, insuffisamment concerté et écologiquement risqué», a déploré Abdoulaye Ndiaye, président de la Conaped, parlant de l’arrêté. «L’introduction de nouveaux chalutiers dans la pêcherie démersale constitue un risque majeur et une violation de l’engagement pris par les autorités en signant la Charte pour une pêche durable. Le chalut de fond n’est pas sélectif concernant le statut d’exploitation des espèces et rend pratiquement inévitables les captures d’espèces déjà surexploitées dans une pêcherie mixte», a-t-il poursuivi à l’issue de la rencontre au quai de pêche.
Le président de la Conaped a fait savoir que la décision ministérielle était motivée par une communication du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (Crodt) faisant état d’un potentiel exploitable d’environ 2921 tonnes pour neuf (9) espèces ou groupes d’espèces démersales côtières. «Pour les stocks démersaux sous-exploités et pleinement exploités, un disponible de 2921 tonnes est identifié. Toutefois, l’exploitation de ces ressources ne se fait pas séparément des ressources déjà surexploitées, ce qui requiert beaucoup de précaution, ainsi que des mesures d’accompagnement strictes», a-t-il rapporté de la communication, déplorant que les recommandations du centre n’aient pas été prises en compte. Ils ont aussi pointé les conditions dans lesquelles la décision a été prise, avec seulement 3 représentants des professionnels de la pêche contre 9 de l’administration à l’occasion de la réunion de la Commission consultative d’attribution des licences de pêche. La Conaped a ainsi appelé le gouvernement au retrait immédiat de l’arrêté.
abndiaye@lequotidien.sn

Commentaires (0)
Soyez le premier à réagir.
Se connecter pour commenter