Alors que le gouvernement publie son Rapport trimestriel d’exécution du budget (Rteb) au 31 mars 2026, l’heure est au premier bilan pour le Plan de redressement économique et social (Pres). Lancé sous l’impulsion de l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko pour donner un coup de fouet à l’économie nationale, ce plan ambitieux se heurte, dès ses premiers mois de mise en œuvre, au défi de l’efficacité fiscale avec seulement 57, 2% de ses objectifs de recettes atteints.
Par Bocar SAKHO – Le gouvernement a publié hier son Rapport trimestriel d’exécution du budget (Rteb) au 31 mars 2026. Si le document témoigne d’un effort de transparence, il révèle également les premiers balbutiements du Plan de redressement économique et social (Pres) dont les recettes fiscales peinent encore à atteindre leurs objectifs initiaux. Pour ce premier jalon de l’année, les chiffres globaux traduisent une mise en route laborieuse des nouveaux leviers fiscaux.
Au terme des trois premiers mois de l’année, les recettes mobilisées au titre du Pres se sont élevées à 54, 2 milliards de F Cfa, contre une prévision trimestrielle qui tablait sur 94, 8 milliards de F Cfa. Le taux de réalisation s’établit ainsi à 57, 2%. Si le gouvernement tempère ce résultat en évoquant une «montée en régime progressive» -rendant toute comparaison impossible avec le premier trimestre 2025 en raison de la nouveauté de ces taxes-, l’écart de plus de 40 milliards de F Cfa avec la cible initiale interpelle.
Les transferts d’argent et les jeux de hasard dans le viseur
Pour expliquer ce retard à l’allumage, le rapport pointe du doigt des «difficultés de mise en œuvre opérationnelle» sur plusieurs taxes stratégiques. Sont notamment ciblés : la taxe sur les opérateurs de jeux de hasard, le prélèvement sur les paiements par transfert d’argent et la taxe sur les transferts d’argent. Le fisc fait face à un défi de taille : réussir à identifier et à cerner un périmètre mouvant de contribuables qui échappent encore, en partie, aux nouveaux mécanismes d’assiette.
Du côté des cordons douaniers, le constat est encore plus sévère. Les recettes douanières liées au Pres n’ont généré que 5, 5 milliards de F Cfa, alors que l’objectif était fixé à 17, 5 milliards de F Cfa (soit un faible taux de réalisation de 31, 4%). Le chiffre-clé ? Il y a 12 milliards de F Cfa de moins-value douanière constatée au premier trimestre.
Cette contre-performance s’explique principalement par la non-application de certaines taxes initialement prévues sur l’exportation de matières premières, notamment les minerais et les arachides. De plus, les délais logistiques et réglementaires nécessaires au déploiement des nouvelles taxes sur les véhicules et les téléphones ont ralenti les recouvrements.
Malgré ce démarrage timide, les autorités financières se veulent rassurantes. Le gouvernement mise sur une consolidation rapide des mécanismes de collecte pour redresser la barre. Le rythme des recouvrements devrait, selon les prévisions du Rteb, connaître une nette accélération dès le deuxième trimestre 2026, à mesure que l’Administration fiscale gagnera en efficacité opérationnelle. Les prochains mois seront donc cruciaux pour valider la viabilité financière du Pres.
L’héritage de la stratégie Sonko pour booster l’économie
Derrière la rigueur des chiffres du premier trimestre 2026, se cache un grand défi politique et structurel. Le Pres, conçu et propulsé à l’époque par le Premier ministre Ousmane Sonko, n’est pas qu’un simple ajustement budgétaire : il s’agit de la clé de voûte d’une stratégie de rupture pour l’économie sénégalaise.
L’enjeu premier du Pres version Sonko est d’accroître l’espace budgétaire de l’Etat sans dépendre exclusivement de l’endettement extérieur ou de l’aide internationale. Pour booster l’économie, le plan mise sur une mobilisation agressive des ressources internes. L’introduction de nouvelles taxes (sur les transferts d’argent, les jeux de hasard ou l’importation de biens technologiques) vise à capter la richesse là où elle se crée de manière exponentielle, afin de la réinjecter dans les secteurs productifs.
Sous la primature de Sonko, l’accent a été mis sur la justice fiscale et la fin des niches d’optimisation. Le Pres a été pensé pour intégrer des secteurs jusqu’ici sous-fiscalisés, à l’instar de l’économie numérique (Mobile Money) et du secteur des loisirs. Les retards actuels d’identification des contribuables soulignent la complexité de cet enjeu : transformer un secteur informel ou volatil en un levier de recettes prévisibles pour l’Etat.
Le volet douanier du Pres, qui prévoyait des taxes à l’exportation sur les minerais et l’arachide, répondait à une vision industrielle claire : décourager l’exportation de matières premières brutes pour inciter à la transformation locale. Si la non-application de ces taxes au premier trimestre 2026 crée un manque à gagner immédiat de 12 milliards de F Cfa, elle met en lumière l’arbitrage difficile entre le besoin urgent de liquidité et la mise en place à long terme d’une économie endogène et industrialisée.
En somme, le Pres est le moteur économique hérité de l’ère Sonko pour financer les grands projets de développement du pays. Les lenteurs administratives et opérationnelles constatées à la fin mars 2026 ne remettent pas nécessairement en cause la pertinence du plan, mais elles rappellent que le passage de la vision politique à la réalité douanière et fiscale reste le principal goulot d’étranglement de l’économie nationale. La «montée en régime» attendue au deuxième trimestre sera le véritable indicateur de la réussite de cette stratégie de redressement.
bsakho@lequotidien.sn

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