Par Alioune Badara CISS – Le Sénégal s’engage dans une phase décisive de sa lutte contre le Vih/Sida. Le Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls), en étroite collaboration avec la Commission santé de l’Assemblée nationale, a ouvert un atelier de sensibilisation et de plaidoyer à l’intention des députés. L’objectif phare de cette rencontre est de mobiliser la Représentation nationale pour adapter la législation, lever les barrières liées aux droits humains et garantir un financement national pérenne de la riposte. Bien que le Sénégal affiche un taux de prévalence particulièrement bas au sein de la population générale (0, 3%), l’épidémie reste concentrée chez les populations les plus vulnérables et les jeunes. Cette situation est accentuée par la baisse progressive des financements extérieurs et par les réticences d’accès aux soins dues à la stigmatisation.

Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, Dr Safiatou Thiam, Secrétaire exécutive du Cnls, a souligné le tournant stratégique auquel fait face le pays. Tout en saluant le modèle sénégalais, elle a rappelé que les progrès restent fragiles : «La santé, le droit et le financement constituent les trois piliers indissociables d’une réponse efficace au Vih. Le Vih ne se combat pas uniquement dans les structures de santé ; il se combat également dans les lois que nous adoptons, dans les budgets que nous votons et dans les décisions politiques que nous prenons. Sans un cadre juridique protecteur, les populations hésitent à accéder aux services.»

La Secrétaire exécutive a également tenu à humaniser les enjeux derrière les chiffres épidémiologiques, rappelant la réalité des personnes touchées par les discriminations : «Derrière chaque statistique se cache un visage. Celui d’une mère qui craint de se faire dépister par peur du regard des autres ; celui d’un jeune qui renonce à consulter parce qu’il redoute d’être jugé. Notre responsabilité collective est de faire en sorte que personne ne soit privé de son droit à la santé.»

Vers une révision de la loi de 2010

L’un des chantiers prioritaires de ce dialogue entre experts de la santé et législateurs concerne l’actualisation de la loi n° 2010-03 du 9 avril 2010 relative au Vih/Sida. Quinze ans après son adoption, ce texte montre ses limites face aux évolutions scientifiques, aux principes de santé publique modernes et aux réalités du terrain, notamment en ce qui concerne la protection des adolescents et des groupes vulnérables. Pour l’Honorable députée Khady Sarr, présidente de la Commission santé, population, affaires sociales et des solidarités, la présence massive de parlementaires témoigne de l’urgence de la situation : «Le Parlement a un rôle déterminant à jouer : voter la loi, contrôler l’action du gouvernement et évaluer les politiques publiques. Les travaux porteront notamment sur la situation épidémiologique, le cadre juridique et la protection du droit à la santé. Les échanges devront aboutir à des recommandations concrètes susceptibles d’éclairer l’action parlementaire et de consolider les politiques publiques.»

Souveraineté financière et mobilisation générale

Au-delà de la dimension juridique, l’enjeu financier figure au cœur des débats. Avec le désengagement progressif des bailleurs de fonds internationaux, la transition vers une prise en charge autonome de la riposte par le Budget national devient une priorité absolue.

Cet atelier de deux jours réunit l’ensemble des acteurs-clés : députés des commissions Santé, des Lois et des Finances, représentants des ministères de la Santé et de la Justice, partenaires techniques comme l’Onusida, ainsi que des organisations de la Société civile. Tous partagent la même ambition : faire émerger des engagements parlementaires forts pour pérenniser les acquis et éradiquer définitivement le Sida en tant que menace de santé publique au Sénégal.

abciss@lequotidien.sn