Le Premier ministre veut camoufler le départ de Kosmos Energy de Yaakar Teranga en victoire majeure de sa politique. En oubliant que le vrai combat sera de pouvoir exploiter ce gisement, sans partenaire stratégique étranger.

On s’attendait à des propos qui allaient créer des interférences dans la «tournée économique» du Président Bassirou Diomaye Faye et en brouiller les résultats. Cette fois-ci, le Premier ministre a montré que même son imagination très fertile peut se trouver à court d’idées. Sa sortie sur ses réseaux sociaux -son medium privilégié de communication- à propos de la récupération de la licence de Kosmos Energy sur le bloc de Sénégal profond, plus connu sous le label de Yaakar Teranga, n’a absolument rien de nouveau.

Ousmane Sonko a péroré que son gouvernement a obtenu, avec le retrait de Kosmos Energy, «une victoire majeure». Cela est, pour lui, «l’aboutissement d’un combat de dix années et d’un engagement politique ferme : tous nos actifs spoliés seront renégociés et, si nécessaire, recouvrés».

On peut juste souligner, en passant, qu’il y a dix ans, en 2016, Ousmane Sonko ne se voyait aux portes du pouvoir que dans ses rêves. Son combat se limitait plus à dénoncer les privilèges indus de certains «barons» du régime de Macky Sall, à l’époque, et les «surfacturations» dans l’achat du Ter Dakar-Diamniadio. Quant au pétrole et au gaz, tout ce qu’il en disait, c’était que Macky et ses proches, notamment son frère Aliou, étaient déjà en train de les extraire et de les exporter nuitamment par bateaux. Chose qu’il n’a jamais pu prouver.

S’agissant de la licence de Kosmos sur Yaakar Teranga, la réalité est qu’elle n’a pas été reconduite parce que l’opérateur américain a perdu son partenaire stratégique Bp. Le major anglais a cédé sa licence du fait d’un désaccord sur la destination de ce gisement gazier. Sans ressources ni capacités techniques pour en assurer seul l’exploitation, Kosmos a fini par jeter l’éponge. En décembre 2025, Le Quotidien soulignait que les fanfaronnades du ministre Birame Soulèye Diop ne permettraient pas pour autant à Petrosen de pouvoir exploiter sur ce gisement gazier. Il faut rappeler que l’exploitation de ce gisement demanderait de l’amener à terre et le transformer en Gaz naturel liquéfié (Gnl) pour le transporter facilement et le distribuer à travers le pays. En mars dernier, Kosmos Energy a donné, dans son rapport annuel, les raisons de son départ prochain.

Si donc Sonko veut reprendre tout le patrimoine extractif national et l’exploiter à travers Petrosen, il faudrait déjà que le pays achève d’abord la construction du Réseau gazier national (Rgs), qui a déjà pris du retard. Ensuite, et surtout, l’Etat pourra-t-il trouver 6 milliards de dollars américains pour acquérir un Fpso afin d’extraire et de transporter son gaz ? Si les majors sont partis, ce n’est pas par peur des rodomontades de notre Premier ministre. C’est d’abord parce que le projet ne rentrait plus dans leurs calculs de rentabilité. Et eux, ils ont les moyens. Sonko pourra-t-il trouver des partenaires de rechange pour suppléer British Petroleum et Kosmos Engergy ?

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