Dakar a vibré, ce jeudi, au rythme de l’hommage national rendu à l’ancien Président Abdoulaye Wade pour ses 100 ans. Hier, le Grand Théâtre Doudou Ndiaye Rose s’est transformé en un sanctuaire de la mémoire collective.
L’esplanade du Grand Théâtre national offrait le spectacle des grands jours. Dès les premières heures, une foule compacte s’est emparée des lieux dans une explosion de couleurs et de rythmes. Les militants historiques, vêtus des couleurs traditionnelles du parti libéral, croisaient les fidèles mourides venus en nombre. Des chants à la gloire de l’ancien chef de l’Etat se mêlaient aux poèmes religieux, créant une atmosphère unique où la ferveur populaire répondait à la solennité de l’événement.
A l’intérieur, l’immense salle affichait complet. Les travées regroupaient une diversité saisissante de la société sénégalaise : des compagnons politiques de la première heure, des figures de l’opposition actuelle, des délégations officielles menées par les plus hautes autorités de l’Etat, ainsi que de nombreux représentants des grandes familles religieuses du pays.
Le moment fort de la cérémonie a été marqué par l’intervention de Mbackiyou Faye, parlant au nom du Khalife général des Mourides. Sans artifice, il a dressé le portrait d’un homme dont l’existence se confond avec l’histoire contemporaine du Sénégal. Il a longuement insisté sur la double identité de Abdoulaye Wade : l’intellectuel brillant qui, dès les années soixante, théorisait l’économie du Mouridisme à travers la valeur cardinale du travail, et l’homme d’Etat resté un disciple humble et dévoué.
Le représentant de la communauté religieuse a énuméré l’immense legs matériel laissé par l’ancien Président pour moderniser la ville sainte de Touba. L’extension massive de son domaine foncier, les investissements colossaux dans les réseaux hydrauliques et routiers, ou encore l’attribution stratégique du terrain abritant la grande mosquée Massalikoul Djinane à Dakar, ont été présentés comme les preuves d’un engagement indéfectible.
La présence active des plus hautes autorités républicaines à la tribune a conféré à cet anniversaire une dimension résolument nationale. Les discours officiels successifs ont salué la résilience et la longévité politique de l’opposant historique, rappelant ses décennies de combat pacifique avant d’atteindre le sommet de l’Etat et d’installer la première alternance démocratique du pays. Les intervenants ont tous mis en avant la force de sa persévérance comme un modèle de civisme et d’ambition pour les nouvelles générations de citoyens.
La fin de la cérémonie protocolaire a laissé place à une liesse plus informelle. Sur le parvis, le public a pu découvrir une grande exposition photographique retraçant les grands moments de ce siècle de vie, des prétoires d’avocat aux sommets internationaux. L’hommage du Grand Théâtre aura réussi le pari de rassembler un pays entier autour de la mémoire vivante de celui que beaucoup appellent désormais affectueusement le patriarche de la Nation.
