Réuni ce vendredi 5 juin pour son premier Conseil des ministres, le nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô a reçu sa feuille de route. Entre un président de la République, Bassirou Diomaye Faye, qui exige des «réalisations rapides» face à un contexte national spécial et un Premier ministre adepte d’une méthode managériale disruptive, l’Exécutif sénégalais opère un véritable virage doctrinal. Analyse d’une rentrée politique placée sous le signe de l’urgence et de l’efficience.

Quatre jours seulement après la publication de la liste des membres de l’équipe Al Aminou Lô, le palais de la République a vibré au rythme de la rentrée solennelle du gouvernement. Ce premier Conseil des ministres, loin d’être une simple prise de contact protocolaire, a posé les jalons d’une mutation profonde dans la gouvernance de l’Etat. Si le Président Bassirou Diomaye Faye a sacrifié à la tradition en saluant le travail de l’équipe sortante menée par Ousmane Sonko, il a immédiatement recadré les enjeux : le Sénégal est à la croisée des chemins.

Le cadrage présidentiel : loyauté, urgence et souveraineté

Dans sa communication, le chef de l’Etat a rappelé les fondements constitutionnels et éthiques de l’équipe entrante. Le gouvernement est une institution «collégiale et solidaire» dont la marque de fabrique doit être la «loyauté». Face aux attentes étouffantes des populations, le Président Faye a listé les chantiers prioritaires : consolider les acquis nationaux dans un environnement régional instable ; bâtir un modèle solide mais ouvert, capable de relancer l’investissement productif ; améliorer le bien-être des ménages et moderniser le plateau infrastructurel.

Pour traduire cette vision, le chef de l’Etat a réclamé la formulation rapide d’un «Plan d’urgences gouvernementales opérationnelles». Ce plan devra s’attaquer de front à l’assainissement des finances publiques, au traitement de la dette souveraine (via l’apurement de la dette intérieure) et à la préparation des prochains rendez-vous budgétaires majeurs (Lfr 2026 et Dpbep 2027-2029).

La méthode Al Aminou Lô : la Primature en mode «rupture managériale»

L’autre fait marquant de ce conseil réside dans la posture du nouveau Premier ministre. Remerciant le Président pour sa «confiance renforcée», Ahmadou Alhaminou Moha­med Lô n’a pas caché son ambition de bousculer les codes de l’Administration sénégalaise. Sa communication, intitulée «La nouvelle méthode de conduite et de coordination de l’action gouvernementale de transformation, d’efficience opérationnelle et de résultats», s’apparente à un manifeste de modernisation.

M. Lô veut rompre avec la bureaucratie classique à travers une transition en quatre points cardinaux : pour le Premier ministre, l’argent public doit être optimisé. «Chaque ressource publique mobilisée doit produire le maximum de valeur pour les citoyens.» Cette rationalisation passera par l’alignement strict de toutes les politiques sur l’Agenda Sénégal 2050, l’accélération du Code d’éthique de l’Administration, et une attention accrue portée à la cybersécurité et à la gestion des risques.

L’analyse de ce premier communiqué de presse révèle une volonté d’instaurer une thérapie de choc par la performance. L’annonce de la tenue du Conseil des ministres désormais tous les quinze jours -entrecoupé de conseils interministériels thématiques de cadrage pilotés par la Pri­mature- montre que le couple exécutif veut éviter l’enlisement dans les affaires courantes. En imposant une «stratégie de communication de proximité, cohérente et axée sur les résultats effectivement délivrés», Bassirou Diomaye Faye veut court-circuiter les promesses sans lendemain pour reconnecter l’action publique au vécu des Sénégalais.

Le Premier ministre Al Aminou Lô joue gros. En affichant une posture de technocrate de la performance, il transforme la Primature en une tour de contrôle de l’efficacité publique. La réussite de ce gouvernement ne se mesurera pas à la beauté de ses réformes structurales, mais à sa capacité à transformer l’Administration en une machine agile, capable de soulager le panier de la ménagère et de redynamiser l’emploi à très court terme. Le compte à rebours est lancé.