Réélu à la tête de son parti lors d’un congrès aux allures de clarification politique, Ousmane Sonko a prononcé un discours offensif depuis Diamniadio et Dakar Arena. Tout en revendiquant la légitimité populaire de Pastef, il a adressé une mise en garde solennelle à l’Exécutif incarné par le Président Bassirou Diomaye Faye, rappelant que la trajectoire collective du parti prime sur les ambitions individuelles.
Par Justin GOMIS – C’est un Ousmane Sonko offensif et déterminé qui s’est exprimé devant une foule de partisans acquis à sa cause. A l’occasion de ce qui restera comme l’un des meetings les plus chargés politiquement depuis sa rupture consommée avec le Président Bassirou Diomaye Faye -qui l’a récemment relevé de ses fonctions de Premier ministre-, le leader de Pastef a déroulé une feuille de route en trois actes : la consolidation idéologique du parti, l’interpellation directe de l’Exécutif et le verrouillage du calendrier électoral.
Un parti Pastef «plus fort» après la clarification
Ousmane Sonko a d’abord tenu à tirer les enseignements de ce qu’il qualifie de «première phase de la clarification», entamée depuis le grand rassemblement du 8 novembre dernier. «Il y a un avant, un pendant et un après-8 novembre», a-t-il affirmé. Le bilan qu’il en dresse est sans ambiguïté : «Sur le plan politique, Pastef est resté Pastef et sort de cette clarification plus fort.»
S’il reconnaît que cette période de turbulences a charrié «des surprises et des déceptions», il affirme n’en avoir éprouvé aucune sur le plan personnel. «Je rends grâce à Dieu», a-t-il lancé, avant de revendiquer pour son mouvement la paternité des grands combats : la lutte contre la corruption, la justice, la renégociation des contrats sectoriels et, surtout, la conservation de la majorité à l’Assemblée nationale. «Maintenant, tout est clair», a-t-il conclu sur ce chapitre.
Prenant soin de se distinguer de ceux qui accèdent au pouvoir par le seul fait d’une élection, il a posé les termes d’un contraste implicite mais parfaitement lisible : «Celui qui est élu doit être humble et à l’écoute de ceux qui l’entourent.» Quant à son propre rôle, il a tranché : «Moi, Ousmane Sonko, je suis votre serviteur. Ce qui nous réunit, c’est la conviction.»
L’avertissement au «sommet de l’Etat» et la primauté du collectif
Dans la partie la plus attendue et la plus politique de son discours prononcé au Centre des expositions de Diamniadio, le nouveau président de Pastef a adressé un avertissement à peine voilé à ceux qui seraient tentés de s’éloigner de la dynamique populaire. «Aucune révolution n’avance en ligne droite», a-t-il déclaré, reconnaissant que toutes les expériences historiques de transformation ont connu leurs hésitations et leurs tentations de ralentissement face aux réalités du pouvoir. Sans jamais citer nommément le chef de l’Etat, il a évoqué le risque que certains, «au sommet de l’Etat», prennent leurs distances avec le Peuple «au nom de la stabilité, des équilibres politiques ou de contraintes parfois beaucoup plus obscures».
Face à ces dérives potentielles, Sonko a martelé une ligne de démarcation nette : «La révolution sénégalaise ne repose pas sur des trajectoires individuelles. Elle a été construite sur un socle solide, forgée collectivement. Tout ce qui se trouvera en dehors de ce socle collectif ne saurait, d’aucune manière, représenter Pastef.»
Une charge frontale contre les «combines politiques»
Le leader de Pastef a ensuite porté le fer sur le terrain de la gouvernance et de la stabilité institutionnelle. «Ce pays a assez souffert des complots et des combines», a-t-il lancé, exhortant chaque institution à jouer son rôle constitutionnel sans se laisser instrumentaliser. La critique envers l’Exécutif se fait ici très directe : «Même si le Président veut satisfaire des ambitions politiques, il ne faut pas accepter qu’il fragilise les institutions. Celui qui est dans l’Exécutif doit avoir d’autres préoccupations que des combines politiques.»
Balayant d’un revers de main la thèse d’une crise institutionnelle agitée par certains observateurs depuis la recomposition du pouvoir, il a opposé une lecture souveraine du verdict des urnes : «Il n’y a pas de crise institutionnelle au Sénégal. C’est le Peuple qui a choisi de confier la Présidence à quelqu’un et l’Assemblée nationale à un autre.» Une manière d’assumer et de légitimer pleinement la cohabitation face à ceux qu’il désigne comme les «marchands de crises».
Le verrou parlementaire sur les élections locales
Enfin, Ousmane Sonko a fermé la porte à tout report éventuel des élections locales, brandissant un double argument, à la fois politique et procédural. «Pastef ne sera jamais d’accord pour un report des élections locales», a-t-il tranché, rappelant les strictes contraintes constitutionnelles : «Pour ce faire, il faut passer par l’Assemblée et voter une loi d’habilitation.»
Ce message final résonne comme un avertissement à double détente. Il s’adresse d’une part à la Présidence, signifiant que le chef de l’Etat ne pourra pas agir seul, et d’autre part à l’opinion publique, pour rappeler que Pastef -majoritaire à l’Assemblée nationale qu’il préside lui-même- constitue un verrou institutionnel infranchissable.
Au sortir de ce congrès, la nouvelle architecture politique du pays est clarifiée. Ousmane Sonko ne gouverne pas directement l’Exécutif, mais il entend peser sur toutes les orientations majeures. Il ne préside pas la République, mais il tient fermement l’Assemblée nationale et le parti, refusant de laisser au sommet de l’Etat le monopole de la légitimité populaire.

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