Sur la mythique Place Baya, le percussionniste saint-louisien Khadim Niang et le saxophoniste néerlandais Bo van der Werf ont scellé une alliance magistrale entre jazz contemporain et rythmes traditionnels. Retour sur un dialogue suspendu où la fusion n’a jamais rimé avec compromis.

Sabar et saxophone : La Place Baya en transe. Il y a des rencontres qui bousculent les certitudes. Celle de Khadim Niang et Bo van der Werf, sur la Place Baya, était de cette trempe. D’un côté, un saxophoniste néerlandais rompu aux sinuosités du jazz contemporain. De l’autre, un maître des percussions saint-louisien dont les mains parlent la langue ancestrale du sabar. Entre ces deux mondes, aucun traducteur n’était requis : la musique a suffi.

Dès les premières mesures, Khadim Niang a installé un dialogue d’une fluidité désarmante. Le sabar, instrument de fête et de transe, de lutte et de louange, n’a pas plié face au jazz : il l’a épousé, l’a relancé, l’a parfois devancé. La symbiose était totale, presque organique. Le saxophone de Bo van der Werf semblait se glisser avec délectation dans les failles rythmiques que Khadim lui tendait avec une précision confondante.

Au moment où Bo van der Werf laissait le silence s’installer, le percussionniste s’emparait seul de la scène. Libéré de toute contrainte, le sabar déployait alors l’étendue de son vocabulaire : tonique, captivant, habité. La foule, suspendue au moindre impact sur la peau, comprenait en temps réel ce que les ethnomusicologues peinent parfois à démontrer : le sabar n’est l’otage d’aucun genre. Il porte en lui une dimension universelle.

Saint-Louis a prouvé, une nuit de plus, que ses rues et ses places fortes sont des conservatoires à ciel ouvert. Et que le sabar, fils de cette terre amphibie, peut voyager jusqu’aux frontières du jazz sans jamais y perdre son âme.