Par Malick GAYE – Des cérémonies de dédicace qui se transforment en cours magistral sans que personne n’ait rien demandé, celle du livre Sonko omniprésent, signé Mohamed Gassama, journaliste et ancien conseiller en communication du Président Abdoulaye Wade, en est un exemple. Face à un parterre de journalistes venus par amitié, par curiosité ou par simple habitude des buffets de fin de cérémonie, Abdoulaye Mbow, journaliste à Walf, a pris la parole avec l’énergie d’un homme qui a visiblement relu ses fiches de philo avant de sortir de chez lui. Sa thèse : l’omniprésence de Sonko dans les médias n’a rien d’un complot ni d’une manipulation orchestrée. «On ne peut plus manipuler personne», a-t-il lancé, avant d’expliquer que la moindre tentative de trafiquer l’information finit démasquée par le premier smartphone venu. Pour lui, si Sonko occupe autant l’espace public, c’est qu’il a su, à sa manière, réunir les qualités de plusieurs figures politiques qui ont marqué le pays : «Il a plus de Charles de Gaulle en lui, il a aussi plus de Abdoulaye Wade en lui», a-t-il résumé, convoquant au passage Socrate, sa maïeutique, et Marx pour faire bonne mesure dialectique. Le tout dans une salle où l’on venait, à la base, surtout pour applaudir un livre.
L’angle est habile, et il mérite d’être souligné : pendant que la scène politique sénégalaise s’échine à dessiner deux camps bien nets, celui du Président Bassirou Diomaye Faye d’un côté et celui du président de l’Assemblée Ousmane Sonko de l’autre, l’ouvrage dédicacé ce soir-là est en réalité un recueil de chroniques publiées depuis 2022, c’est-à-dire bien avant que quiconque n’ait eu besoin de choisir un camp. Autrement dit, le livre observait Sonko avant que Sonko et Diomaye ne se regardent en chiens de faïence. Une manière, presque involontaire, d’échapper à la polarisation ambiante : on ne commente pas une rupture qui n’existait pas encore.
Moustapha Diop, autre voix de la rédaction de Walf présente à ses côtés, a complété le tableau plus sobrement, sans chercher à rivaliser sur le terrain de la dialectique, sagesse qu’on ne peut que saluer face à un collègue qui venait de citer trois penseurs en dix minutes.
Le maître de cérémonie éditorial, lui, n’était pas loin. Serigne Saliou Guèye, directeur de publication de Yoor-Yoor Bi, journal où ces chroniques ont été publiées avant de devenir livre, a rappelé que le titre lui-même avait fait polémique bien avant la sortie de l’ouvrage : débats contradictoires, réseaux sociaux échauffés, indignations en tous genres. Loin de s’en offusquer, il en a fait un argument de vente assumé : «Dès l’instant où ça devient un objet de polémique, c’est déjà une réussite», a-t-il philosophé à son tour, prouvant que dans cette salle, ce soir-là, personne n’était venu sans son petit paquet de sagesse à distribuer.
Enfin, place à l’émotion avec Abdoulaye Dabo, journaliste à la retraite, qui a retracé près de deux décennies de complicité avec l’auteur. Le récit d’un jeune reporter débarqué à la Rts en 1992, surnommé «Gass» par ses collègues, capable d’être aussi à l’aise en direct que derrière un micro de studio, et qui a fini par troquer les voitures de fonction du Triangle sud pour une moto, question, dit-il, de rester au plus près de l’information, plutôt que du confort. Le genre de portrait qui rappelle qu’avant d’être omniprésent dans les colonnes consacrées à Sonko, Gassama a surtout été, pendant longtemps, simplement présent sur le terrain, micro à la main.
Au final, la soirée aura surtout démontré une chose : à Dakar, on ne dédicace jamais un livre sans y ajouter, gratuitement, un petit supplément de théorie politique. Sonko appréciera ou pas d’avoir été comparé à De Gaulle un soir de juillet, entre deux petits fours.
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