Dans un ouvrage académique de 320 pages préfacé par Moustapha Niasse, l’ambassadeur du Royaume du Maroc au Sénégal, Son Excellence Hassan Naciri, déconstruit les clichés autour du différend régional du Sahara. Présenté à Dakar en présence d’experts et d’universitaires, le livre démontre que pour Rabat, la question n’est pas une simple querelle de frontières, mais un enjeu existentiel et une clef de voûte pour l’intégration africaine.

Justin GOMIS – «Le Sahara, pour le Maroc, est une question existentielle et non de frontière.» En reprenant les mots prononcés par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 2014, l’ambassadeur Hassan Naciri fixe le cap de son nouvel ouvrage intitulé Sahara marocain : enjeux géopolitiques d’une question majeure pour le Maroc. A travers une démonstration scientifique rigoureuse, le diplomate dépasse le cadre strictement juridique pour plonger au cœur de l’histoire, de la géopolitique et de la géo-économie d’un conflit aux répercussions globales.

Dépasser le Droit pour saisir la réalité géopolitique

Pour l’auteur, aborder cette problématique sous le seul angle du Droit international ne suffit plus à en saisir la complexité. «J’ai voulu tout simplement pousser la réflexion (…). Aller comprendre que la dimension géopolitique est déterminante. Il y a un problème géopolitique dans la zone, un problème de rivalités et de conflit régional qui bloque toute solution», explique S.E. Hassan Naciri. Remontant le fil du temps, l’ouvrage met en lumière les fondements historiques de la marocanité du Sahara, notamment les liens d’allégeance (Bay’a) séculaires entre les tribus sahariennes et les sultans du Maroc, jusqu’au processus de récupération des provinces du Sud. L’auteur y aborde sans détour les enjeux sécuritaires, la gestion des ressources naturelles, la rivalité entretenue par l’Algérie, ainsi que le rôle des grandes puissances, des Nations unies et de l’Union africaine.

Un effort d’investissement massif et un trait d’union africain

L’un des axes forts du livre réside dans la présentation de la réalité socio-économique actuelle des provinces du Sud, devenues aujourd’hui un pôle dynamique de développement. Alors que les indicateurs de développement humain y sont parmi les plus élevés du Royaume, l’Etat marocain y consacre des investissements colossaux. «L’Etat dépense quelque chose comme 7 dirhams pour chaque dirham perçu en taxes d’exportation. Rien que ces dernières années, nous avons investi environ 12 milliards de dollars», souligne l’ambassadeur. L’illustration la plus concrète reste la voie express reliant le centre du Maroc aux provinces du Sud, un axe stratégique destiné à rapprocher la Mauritanie, le Sénégal et, au-delà, à ouvrir la voie vers l’ensemble du continent.

Dans cette optique, l’initiative marocaine d’autonomie proposée en avril 2007 s’impose, selon S.E. Hassan Naciri, comme la seule solution réaliste et crédible. «Elle a fini par convaincre la communauté et les partenaires internationaux comme étant l’unique solution pour sortir de l’impasse. Et sortir de l’impasse, c’est ouvrir des perspectives à la coopération intra-africaine, mais aussi entre l’Afrique, la Méditer­ranée, le monde arabe et l’Atlantique», a-t-il affirmé, rappelant que le Sahara constitue un véritable trait d’union entre le Maghreb, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest.

Un livre salué par les spécialistes

Lors de la cérémonie de présentation, les intervenants ont unanimement salué la portée de cette publication. Dr Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, a souligné que l’ouvrage «échappe délibérément aux deux écueils qui hantent habituellement la littérature sur le Sahara : le plaidoyer militant d’un côté, l’abstraction académique désincarnée de l’autre». Selon le chercheur, l’auteur a fait le choix exigeant d’une démarche à différentes échelles qui restitue la complexité du réel, tout en replaçant le débat sur le terrain des rapports de force et des temporalités longues. Il a également noté la pertinence du calendrier de cette parution, qui intervient peu après l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’Onu et le Discours de l’unité de Sa Majesté le Roi.

De son côté, le représentant du Centre d’études stratégiques de Dakar (exprimé au nom de Diallo Socrates) a qualifié le livre d’«œuvre de référence qui éclaire, avec une rigueur historique, diplomatique et stratégique, l’une des questions les plus importantes de la politique étrangère marocaine et de la stabilité de l’espace maghrébin». Un document majeur pour quiconque souhaite comprendre les dynamiques sécuritaires et économiques de la région.

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