Bien que des avancées majeures aient été enregistrées ces dernières années, près de 75% des Sénégalais restent exclus du système de protection sociale formelle. Réunis lors d’un atelier stratégique, experts et décideurs ont plaidé pour une accélération des réformes, une meilleure intégration du secteur informel et une coordination renforcée des politiques publiques.

Par Amadou MBODJI – Il faudra redoubler d’efforts pour intégrer les millions de Sénégalais qui naviguent encore en marge du système de protection sociale. Si les initiatives de l’Etat se sont multipliées ces dernières années, les chiffres présentés par le Dr Ismaïla Sangharé, cadre au Bureau opérationnel de coordination et de suivi des projets, programmes et réformes prioritaires (Bocs-Primature), rappellent l’ampleur du chantier.

Intervenant lors d’un atelier de deux jours consacré à la mise en œuvre de la politique nationale de protection sociale, le Dr Sangharé a dressé un bilan sans concession : «Les travaux préparatoires de cet atelier, ainsi que le diagnostic dont nous disposons, dressent un état des lieux à la fois encourageant et exigeant. Encourageant, parce que notre pays a posé, depuis dix ans, des jalons importants : la Couverture maladie universelle (Cmu), le Programme national de bourses de sécurité familiale (Pnbsf), le Plan Sésame ou encore la Carte d’égalité des chances. Exigeant, parce que ces avancées ne doivent pas masquer la réalité : aujourd’hui encore, moins d’un Sénégalais sur quatre bénéficie d’une protection sociale formelle, alors que l’économie informelle représente près de 90% de notre activité.»

Intégrer l’informel et optimiser le pilotage

Pour relever ce défi structurel, le représentant du Bocs-Primature préconise plusieurs leviers d’action urgents. Il s’agit notamment d’étendre la Cmu aux travailleurs du secteur informel, de faciliter leur affiliation aux régimes de retraite et de consolider les filets sociaux existants.

Au-delà de l’accès aux droits, le Dr Sangharé a insisté sur la nécessité de rationaliser le pilotage du secteur. Cela passe par une meilleure synergie entre les acteurs et une exploitation optimale des données, en s’appuyant particulièrement sur le Registre national unique (Rnu). Pour lui, l’impact réel des réformes dépendra de la rigueur de leur suivi : «La protection sociale n’est pas une dépense courante. C’est un investissement dans le capital humain et un pilier de la cohésion nationale, sans lequel aucune transformation structurelle durable n’est possible.»

Un impératif humain et social

L’événement a également été marqué par l’intervention de Matar Sène, Délégué général sortant à la protection sociale et à la solidarité nationale (Dgpsn) -qui s’apprête à passer le relais à Cheikh Tako Diop. Pour lui, la portée de cet atelier dépasse largement le cadre bureaucratique. «Il ne s’agit pas uniquement d’examiner une feuille de route ou de finaliser un document stratégique, a souligné Matar Sène. Il s’agit de définir la protection sociale que nous voulons pour notre pays, celle qui guidera nos politiques publiques dans les années à venir. Derrière nos échanges, il y a des familles confrontées à la précarité et des personnes vulnérables qui comptent sur l’action publique. C’est cette responsabilité humaine qui donne tout son sens à notre rencontre.»

ambodji@lequotidien.sn