A l’initiative du Bureau d’évaluation des politiques et programmes publics, une table ronde s’est tenue hier sur les défis de la protection sociale au Sénégal. Amadou Kanouté, Directeur exécutif de Cocidev Afrique, y a fustigé les disparités actuelles et appelé à un financement étatique plus robuste, notamment pour l’alimentation scolaire, afin de rompre avec la dépendance aux partenaires extérieurs.

Par Justin GOMIS – «Il nous faut légitimer la protection sociale en lui donnant la force qu’elle mérite dans le développement socio-économique du pays.» C’est par ce plaidoyer que Amadou Kanouté, Directeur exécutif de Cocidev Afrique (Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement), a ouvert son intervention lors de la table ronde organisée par le Bureau d’évaluation des politiques et programmes publics.

Placée sous le thème «Politi­ques de protection sociale au Sénégal : entre équité, soutenabilité et inclusion», cette rencontre a permis à M. Kanouté de souligner l’urgence de mettre en place des mécanismes protégeant l’ensemble des citoyens, sans distinction.

Rompre avec l’exclusion des zones rurales

Pour le directeur de Cocidev Afrique, l’inclusion sociale passe impérativement par l’élimination des discriminations géographiques. «Il faut éviter de fonctionner uniquement avec ceux qui ont les moyens et d’exclure les plus démunis. Notre société est fortement structurée entre zones rurales et urbaines, et c’est généralement en zone rurale ou périurbaine que se trouvent les populations les plus vulnérables», a-t-il fait remarquer.

Selon lui, la Couverture maladie universelle (Cmu) et l’alimentation scolaire sont des leviers essentiels pour asseoir l’équité territoriale. Toutefois, il estime que ces politiques ne doivent plus reposer quasi exclusivement sur les partenaires étrangers, mais impliquer davantage les collectivités territoriales.

Le défi du financement national

Le nerf de la guerre reste le financement. Amadou Kanouté a pointé du doigt la faiblesse des investissements publics actuels. «Lors de notre étude sur l’alimentation scolaire, nous avons constaté que sur un budget de 1000 milliards de F Cfa alloué à l’Education nationale en 2022-2023, seulement 0, 11% était affecté à ce volet. L’Etat n’avait pas pris sa part», déplore-t-il.

Il salue néanmoins les intentions des nouvelles autorités qui affichent une volonté de renforcer ces crédits. Pour M. Kanouté, au-delà de l’Etat, les communautés elles-mêmes doivent participer au financement pour sortir de la «logique d’assistanat» et s’inscrire dans une véritable dynamique de développement. Il regrette enfin que, contrairement aux pays ayant réussi leur transition sociale, le Sénégal n’ait pas encore accordé un ancrage institutionnel de haut niveau à ces politiques de prévention.

Abondant dans le même sens, Dr Mor Seck, Secrétaire permanent du Bureau d’évaluation des politiques et programmes publics, a insisté sur la nécessité d’impliquer directement les populations à la base. Selon lui, cette démarche participative permet de réajuster les programmes en temps réel et de gagner en efficacité.

Il a également appelé à une collaboration franche entre l’Etat et la Société civile pour apporter des réponses concrètes au chômage endémique, rappelant que l’action sociale reste le dernier rempart pour une majeure partie de la population sans emploi.

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