En présentant son Rapport d’impact 2021-2025, Sabodala gold operations (Sgo) a placé la préservation de la biodiversité au cœur de sa stratégie en renonçant volontairement à l’exploitation d’un gisement aurifère pour protéger le sanctuaire local des chimpanzés. Si cette décision écologique majeure s’accompagne d’un investissement communautaire de 18 milliards de F Cfa sur cinq ans, les élus locaux de Kédougou saluent l’effort, mais exigent une révision urgente du partage des revenus pour sortir la région de son déficit d’infrastructures.
Par Amadou MBODJI – Les mines de Sabodala ont choisi de faire primer la biodiversité sur le profit. En décidant de sanctuariser une zone clé de leur concession peuplée de chimpanzés, l’entreprise s’engage concrètement pour la sauvegarde de cette espèce en voie de disparition. «La protection de l’environnement est une priorité absolue. Toutes nos activités sont menées dans le souci de préserver les écosystèmes, la flore et la biodiversité», a déclaré Abdoul Aziz Sy, Directeur général de Sabodala gold operations (Sgo), lors de la présentation du Rapport d’impact 2021-2025 d’Endeavour Mining. «Dans notre périmètre d’exploitation, nous avons identifié une zone sensible qui constitue une réserve naturelle et un habitat pour les chimpanzés, une espèce strictement protégée. Bien que cette zone recouvre une partie importante de notre gisement aurifère et que notre cœur de métier reste l’extraction d’or, nous avons choisi de renoncer à ces ressources pour préserver leur habitat», a-t-il précisé.
Au-delà de la Charte environnementale, la direction de la compagnie minière assure rester à l’écoute des attentes sociales. Au cours des cinq dernières années, Sgo affirme avoir injecté 18 milliards de francs Cfa directement dans des projets communautaires. Ces financements ont ciblé l’éducation, la santé, le désenclavement et la modernisation des voies d’accès. L’ambition affichée par la compagnie dépasse le cadre de l’emploi salarié traditionnel : elle vise l’autonomisation économique à travers l’entrepreneuriat local. Les populations bénéficient ainsi d’un accompagnement pour structurer des entreprises capables de sous-traiter avec la mine, puis de s’ouvrir à d’autres marchés.
Le Directeur général a cité en exemple la Fédération des agriculteurs de Kédougou, qui est devenue le fournisseur officiel de la mine en volaille et en œufs, générant des revenus directs et réguliers pour les groupements villageois. Autre réussite locale : M. Soumaré, un entrepreneur en transport de Sabodala, qui, grâce au mentorat de Sgo, a mis sur pied une société aux standards internationaux, désormais capable de remporter des appels d’offres en dehors de la région.
Le cri du cœur de Saraya : «Le compte n’y est pas»
Malgré ces avancées, le sentiment d’injustice reste vif chez les représentants des communautés locales. Interrogé sur ces retombées, Moussa Danfakha, président du Conseil départemental de Saraya, nuance fortement le bilan. Si le président reconnaît l’impact des actions de Sgo, il estime que la part qui revient aux territoires directement impactés demeure dérisoire. Selon lui, l’essentiel des revenus est capté par l’Etat central, laissant la région de Kédougou face à d’immenses défis socio-économiques. «Les infrastructures de base restent cruellement insuffisantes à Saraya. Les dividendes de l’or auraient dû combler ce fossé si une redistribution plus juste avait été opérée en faveur du territoire», regrette l’élu local.
Moussa Danfakha fustige notamment la recentralisation du fonds d’appui destiné aux collectivités territoriales, un mécanisme qui prive les élus de leviers financiers nécessaires pour répondre aux urgences des populations. Ce fonds, rappelle-t-il, correspond pourtant à 0, 5% du chiffre d’affaires annuel des sociétés minières. Pour corriger ce déséquilibre, le président du Conseil départemental plaide pour un reversement effectif et direct de ces ressources aux communes minières. Il demande également que l’Etat accepte de rétrocéder une part significative -au moins 50%- des redevances et dividendes qu’il perçoit au profit du développement des zones de production.
«Il faut corriger cette situation. Ce fonds doit aller en priorité aux communautés impactées. L’Etat doit sanctuariser une part des recettes de l’or pour soutenir des régions comme Kédougou», insiste-t-il. Tout en saluant les efforts corporatifs et environnementaux de Sgo, le représentant communautaire rappelle que l’acceptabilité sociale des mines dépendra d’un partage plus équitable de la richesse extraite du sous-sol.
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