Vers une autonomie financière du septième art ouest-africain ? C’est le message porté par le Sénégal lors de la Berlinale 2026. Entre la volonté de lever les barrières législatives entre Etats africains et l’ouverture d’un partenariat technique solide avec l’Italie -notamment pour la digitalisation du patrimoine-, Dakar dessine les contours d’une nouvelle ère pour ses cinéastes. Cette opération de charme vise non seulement à promouvoir le futur festival de la capitale sénégalaise, mais aussi à instaurer des centres nationaux du cinéma adaptés aux réalités du continent.

La redynamisation de l’industrie cinématographique sénégalaise, voire africaine, et les perspectives portant sur la mise en place d’un fonds sous-régional pour le cinéma comptent parmi les sujets au menu des rencontres du secrétaire d’Etat en charge de la Culture, des industries créatives et du patrimoine historique, Bakary Sarr, avec son homologue italienne et le Directeur général de l’Agence burkinabè de la cinématographie et de l’audiovisuel. M. Sarr a reçu d’abord Alex Moussa Sawadogo, avant de rencontrer la vice-ministre italienne de la Culture, Lucia Borgonzoni, dimanche, en marge de la 76e édition du Festival international du film de Berlin (du 12 au 22 février 2026).

Bakary Sarr a manifesté un grand intérêt pour la coopération entre les pays du Sud en matière de production cinématographique, lors de l’audience qu’il a accordée à M. Sawadogo, par ailleurs ancien Délégué général du Festival panafricain du cinéma et de l’audiovisuel de Ouagadougou (Fespaco). Il lui a fait part de la volonté du Sénégal de créer «le Festival du film de Dakar très prochainement», mais en lui précisant que cette manifestation «ne se veut pas concurrente du Fespaco. Ce sera un évènement dont l’objet est de contribuer au rayonnement du cinéma africain». Selon lui, des coordinations allant dans le sens d’éviter des télescopages entre les deux évènements seront entrepris. Il a également évoqué l’idée d’une levée des contraintes liées aux législations des Etats africains pour faciliter la collaboration entre les cinéastes et réalisateurs africains.

«Le Sénégal est le seul pays dans la sous-région avec qui on peut mener la co-production. Il faut maintenant des accords avec les deux pays pour la diffusion des films», a souligné le Directeur général de l’Abca, Alex Moussa Sawadogo. L’ancien Délégué général du Fespaco préconise l’unité des pays de la sous-région ouest-africaine concernant le financement et la coproduction de films, tout en militant pour l’établissement d’un «Fonds commun entre les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) afin de se départir du financement extérieur qui influence les productions». Il a proposé la création de Centres nationaux du cinéma (Cnc) «à l’africaine» et de plateformes digitales pour promouvoir le cinéma au plan local.

La vice-ministre de la Culture italienne, Lucia Borgonzoni, a, de son côté, fait part de son enthousiasme par rapport à un «partenariat culturel solide» avec le Sénégal en matière de restauration, de production de pellicules, de conservation de matériaux, de digitalisation du patrimoine culturel et de formation technique. Le secrétaire d’Etat Bakary Sarr s’est dit ouvert à ces propositions et à la signature potentielle d’une convention culturelle devant mettre l’accent sur la formation professionnelle et technique des cinéastes. Des experts italiens ont participé à la sauvegarde d’archives cinématographiques du Sénégal, sous l’égide de la Direction de la cinématographie et de l’audiovisuel.

Avec Aps