A 32 ans, elle est la première femme à intégrer l’illustre Orchestra Baobab en plus d’un demi-siècle d’existence. Mercredi soir, sur la scène de Saint-Louis, la native de Dakar a prouvé qu’elle n’était pas seulement une pionnière, mais une évidence vocale qui bouscule l’histoire de l’institution.

Une voix entre terre et ciel : il aura fallu cinquante ans pour qu’une voix féminine trouve sa place au sein de cette institution. Ce n’était pas faute de talents au Sénégal, mais le Baobab fonctionnait jusqu’ici comme un cercle fermé. Korka Dieng a brisé ce plafond de verre avec un timbre singulier, situé quelque part entre la profondeur tellurique de Yandé Codou Sène et la chaleur soul de Aretha Franklin.

Un destin forcé

Rien n’était pourtant acquis. Son père, Sahifou Dieng (claviste du mythique African Salsa), connaissant les rudesses d’un milieu masculin, a d’abord tenté de lui barrer la route. Mais Korka a persisté, se formant auprès des plus exigeants : Vieux Mac Faye, Ouza Diallo ou encore Cheikh Tidiane Tall. Une «école de haute couture vocale» qui lui a donné l’assurance nécessaire.

Remarquée par Didier Awadi en 2018, puis pilier de l’émission Sargal, diffusée sur Tfm et produite par le studio Sankara, elle a fini par attirer l’oreille des doyens du Baobab. Le concept, fidèle au mot wolof qui le nomme, consiste à rendre hommage aux grandes voix de la musique sénégalaise et africaine, avec un orchestre live en soutien. Baba Maal, Ismaël Lô et d’autres légendes s’y succèdent. Korka y est choriste, mais pas seulement. Quand elle prend le lead, quelque chose change dans la salle. Ce potentiel-là ne trompe pas les oreilles aguerries.

L’Orchestra Baobab l’entend. L’invitation arrive. Depuis 2024, elle est là, seule femme dans une maison qui avait jusqu’ici fonctionné en cercle fermé. «C’est une vraie synergie où chacun a sa place», confiait Mountaga Koïté. Mercredi soir, Korka ne s’est pas contentée d’occuper la sienne : elle l’a transcendée. Elle l’a conquise. En wolof, en mandingue, dans un espagnol afro-cubain qui semble lui appartenir depuis toujours, elle a navigué entre les registres avec une aisance déconcertante, portant tantôt le groupe, tantôt emportée par lui. Les musiciens de Baobab, pourtant rompus aux scènes du monde entier, calaient leurs respirations sur les siennes.

C’est le début d’une longue histoire sans doute. En marge du Festival de Saint-Louis, les membres de l’Orchestra Baobab ont dévoilé les détails de leur prochain opus. Intitulé «Made in Sénégal», cet album, prévu pour octobre 2026, promet des collaborations prestigieuses et une modernisation de leur son légendaire. Korka Dieng y tiendra une place centrale. «Ses morceaux sont déjà enregistrés», confirme Mountaga Koïté. Pour faire patienter les mélomanes, deux singles sortiront durant l’été et en septembre. Plus qu’un disque, cet album se veut un manifeste du patrimoine musical sénégalais prêt, une fois de plus, à conquérir le monde.