S’il est un homme indispensable dans l’organisation du grand pèlerinage de Touba, c’est bien lui. Coordonnateur général de l’événement, le fils de Serigne Cheikh Mbacké Gaindé Fatma se distingue par son sens aigu du devoir, son franc-parler légendaire et une sobriété exemplaire. Bés Bi retrace le parcours de ce guide religieux hors norme.
Il est l’alpha et l’oméga du Magal de Touba. Homme de principes, véridique et intransigeant, Serigne Ousmane Mbacké est une figure incontournable de ce grand rassemblement religieux. Coordonnateur général de l’événement, Bés Bi dresse le profil de ce fils de Serigne Cheikh Mbacké Gaindé Fatma.
Taille élancée, physique de Sahélien, Serigne Ousmane Mbacké se retrouve sous les feux des projecteurs depuis 2010. Nommé Coordonnateur général lors de la création du comité d’organisation de cet événement -l’un des plus importants d’Afrique de l’Ouest, présidé par Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre-, le fils de Serigne Cheikh Mbacké Gaindé Fatma et de Sokhna Maguette Sall tranche radicalement avec l’image courante des chefs religieux actuels. Eloigné du buzz et de la fureur médiatique, il mène une vie simple et retirée.
Amadou Ndiaye Nguirane, qui le connaît bien, confiait à l’ancien journal Bes Bi : «C’est un homme d’une honnêteté rare. Qu’il y ait des personnes plus âgées que lui, je l’accorde, mais plus honnêtes, non. Il possède des qualités humaines qui dépassent le cadre des confréries. Très véridique, il ne dit jamais ce en quoi il ne croit pas. C’est un homme entier, profondément respectueux de la personne humaine. D’ailleurs, c’est l’être humain qui l’intéresse, non sa position sociale. C’est un homme de principes, de devoir, qui ne transige pas. C’est aussi un grand agriculteur qui pratique l’embouche bovine à Bayla, un village situé à quelques kilomètres de Taïf, localité fondée par son grand-père Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, 1er Khalife général des Mourides. Comme tous les enfants de Serigne Cheikh Mbacké Gaindé Fatma, il a appris le français et obtenu des diplômes qui l’ont mené vers des études supérieures.»
Agé d’une soixantaine d’années, ce «Garmi» pur -sa mère, Sokhna Maguette Sall, est la fille de Massamba Sall, ancien chef de canton de Sagatta Gueth dans le département de Kébémer- ne recule devant rien. «Il ne se fatigue pas, ne fuit pas : c’est un homme extrêmement courageux», ajoute-t-il. Ce courage, les journalistes qui couvrent les réunions préparatoires du Magal depuis 2011 en ont souvent été témoins. Le marabout n’hésite jamais à dire ses vérités aux représentants de l’administration.
Lors de la réunion d’évaluation du Magal présidée par le ministre de l’Intérieur il y a quelques années, il avait exprimé tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas : «Il y a un sérieux problème d’eau à Touba. La difficulté demeure. Le manque d’eau durant le Magal est un sujet complexe qui ne se résoudra pas facilement. C’est donc aux populations de Touba de prendre leurs dispositions. C’est cela, la réalité, il ne faut pas se la cacher. Sinon, nous ne serons pas à l’abri de mauvaises surprises. Pour l’avenir, il faut songer à exécuter les grands chantiers.» Le guide religieux n’en plaide pas moins pour une solution pérenne : «Il faut un programme spécial pour régler la pénurie d’eau à Touba. Nous avons déployé beaucoup d’efforts pour soutenir les populations concernant l’approvisionnement.»
Sur la question des inondations, ses propos tenus en 2017 résonnent encore comme une prophétie. Il n’avait cessé d’alerter les plus hautes autorités du pays sur l’urgence de prendre le problème à bras-le-corps, rappelant que «le Magal allait se dérouler, durant les cinq années suivantes, en pleine saison des pluies».
En dehors du pèlerinage de Touba, Serigne Ousmane Mbacké préside la commission d’organisation de la Fédération des groupements religieux et disciples de Cheikh Ahmadou Bamba (Wilaya), une structure fondée dans les années 1960 et comptant des millions d’adhérents. Serigne Mohamed Mbacké Fall, technicien des médias, témoigne : «C’est un chef religieux très à cheval sur les principes de l’islam. Sa maison est encore inachevée ; il ne la bâtit qu’au rythme des récoltes de ses champs, après s’être acquitté de la Zakat. C’est un homme vrai, d’une grande simplicité, loin des vanités mondaines. Il a d’abord appris le Coran avant de fréquenter l’école française. Il ne parle jamais dans le dos des gens. Il n’appartient pas à cette génération de nouveaux marabouts qui cherchent à se faire voir ou entendre : lui vit caché.»
«C’est un homme de paix», confirme de son côté Abdoulaye Bamba Sall, journaliste et membre de la commission communication du comité d’organisation. Et de poursuivre : «Il est très proche de l’actuel khalife de Darou Khoudoss et maintient d’excellentes relations avec Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre, président du comité d’organisation. La marche est son sport favori. Toujours disponible, il est particulièrement enclin à tendre la main à son prochain. Mais il reste inflexible sur ses valeurs. On raconte qu’il aurait même démissionné un jour, en pleine préparation du Magal, parce que son arbitrage sur une ligne budgétaire -qui n’avait pas plu à un président de commission- avait remis son autorité en question. Il a fallu que Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre se déplace en personne pour le convaincre de revenir sur sa décision.»

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