Réunis à Pointe-Sarène depuis hier, les députés participent à un atelier intensif de trois jours. Objectif : transformer l’équité et l’égalité des genres en leviers opérationnels du contrôle parlementaire et de la programmation budgétaire.

Par Alioune Badara CISS – Un tournant stratégique à Pointe-Sarène. L’institu­tion­nalisation du genre au Sénégal franchit un palier décisif. Dans le cadre idyllique de l’hôtel Riu de Pointe-Sarène, le Projet de renforcement institutionnel pour l’équité et l’égalité des genres (Priec), en collaboration avec la Commission du développement durable, a lancé une session de formation de haut niveau. Cette rencontre ne se veut pas un séminaire de plus. Elle s’inscrit directement dans la vision «Sénégal 2050», le nouveau référentiel des politiques publiques, qui place le capital humain et l’équité territoriale au sommet des priorités nationales.

Les députés, «remparts contre les disparités»

Pour Mme Oulèye Coumba Ba Ndoye, directrice de terrain du Priec, cibler les parlementaires est un choix tactique. En tant que décideurs finaux du budget de l’Etat, ils détiennent les clés de la redistribution des ressources. «Il est impératif que les parlementaires soient outillés pour intégrer les notions d’équité et d’égalité dans les politiques publiques. C’est une première étape ; une feuille de route sera déclinée pour toucher, à terme, l’ensemble de l’Hémicycle», a-t-elle précisé.

La «démarche de rupture» par la méthode Ppbs

L’expertise technique de l’Ecole nationale d’administration (Ena) est mise à contribution pour familiariser les élus avec la chaîne Ppbs (Pla­nification-programmation-budgétisation-suivi). L’idée est simple mais ambitieuse : chaque franc public investi doit être passé au crible de son impact réel sur les hommes et les femmes. L’honorable Ousmane Ciss, deuxième vice-président de la Commission du développement durable et de la transition écologique, a souligné l’urgence de cette mutation : «Sans équité territoriale et sans intégration de la dimension genre, le développement durable ne sera qu’un leurre. Nous sommes dans une démarche de rupture. Il s’agit d’évaluer les politiques publiques et d’élaborer des budgets qui ne laissent personne de côté.»

Une approche transversale et inclusive

La représentativité des participants témoigne de la volonté de décloisonner la question du genre, souvent cantonnée aux questions sociales. L’ate­lier s’achèvera par l’adoption d’une feuille de route officielle. Ce document servira de boussole aux parlementaires pour assurer un contrôle rigoureux de l’action gouvernementale. Il s’agit de s’assurer que les promesses de développement se traduisent par des impacts concrets sur le capital humain, pilier central de la souveraineté économique recherchée par le Sénégal.

Désormais, à l’Assemblée nationale, l’égalité ne sera plus seulement une valeur, mais une exigence technique du débat budgétaire.

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