A l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, célébrée hier, les acteurs de la chaîne du livre tirent la sonnette d’alarme. Au cours d’un panel, Pr François Malick Diouf (Ucad) et Ibrahima Lô (directeur du Livre) ont plaidé pour une politique nationale ambitieuse, soulignant que l’accès au savoir reste entravé par un déficit criant d’infrastructures bibliothécaires à travers le pays.
Par Amadou MBODJI – Les bibliothèques, maillons essentiels de la transmission des connaissances, font cruellement défaut au Sénégal. C’est le cri du cœur lancé par Pr François Malick Diouf, directeur de la Bibliothèque centrale de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) et enseignant à l’Ebad, lors d’un panel organisé mardi dernier au Centre culturel Blaise Senghor. Il juge que le pays fait face à un désert documentaire inquiétant. Pour cet expert, l’accès à l’information est un droit fondamental que l’Etat peine encore à garantir. «Le Sénégal est connu pour son attachement au respect des droits. Pourtant, on constate qu’il n’existe même pas une centaine de bibliothèques véritablement fonctionnelles sur l’ensemble du territoire national», regrette-t-il.
Il pense que l’ambition de former une jeunesse compétente et scientifique est incompatible avec la rareté des outils d’apprentissage. «Cela ne doit pas concerner uniquement le niveau universitaire, mais tous les niveaux : de la petite enfance à l’enseignement supérieur. Chaque citoyen doit être accompagné par un accès permanent aux instruments de la science. Les bibliothèques restent les outils les mieux indiqués pour remplir ce rôle», indique Pr Diouf. Outre le manque d’infrastructures, le directeur de la Bibliothèque de l’Ucad a listé les maux qui minent le secteur : problèmes d’organisation, déficit de moyens et, plus grave encore, une perception sociale parfois négative de la bibliothèque, jugée «dépassée» par certains. Face à cette situation, il appelle à une intervention rapide des autorités : «Il est impératif qu’à la suite du Forum national sur le livre, l’Etat réagisse pour corriger ces insuffisances. Il y a urgence à agir.»
La lecture, pilier de la construction citoyenne
En écho à ces préoccupations, Ibrahima Lô, directeur du Livre et de la promotion de la lecture, a recentré le débat sur l’acte de lire lui-même. Pour lui, le livre demeure, transcendant les millénaires, le support indétrônable du savoir et de la construction intellectuelle. «Lire est une condition essentielle pour se construire individuellement et collectivement», a-t-il rappelé. Toutefois, il a souligné que le travail des écrivains reste vain s’il n’est pas partagé. Cette mission de promotion doit, selon lui, être portée par une coalition d’acteurs : institutions, éditeurs, écrivains et associations.
Saluant la mobilisation des acteurs présents, Ibrahima Lô a conclu son intervention par une citation de Nelson Mandela, devenue le slogan de cette rencontre : «Une Nation qui gagne est une Nation qui lit.» Ce panel, intitulé «Regards croisés entre acteurs de la chaîne du livre : promouvoir le livre et la lecture au Sénégal», a permis de rappeler que la bataille du développement se gagnera d’abord dans les pages des livres.
ambodji@kequotidien.sn

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